E. GREVIN — IMPRIMERIE DE LAGNY

Droits de traduction et de reproduction réservés pour tous les pays.
Copyright 1923,
by Ernest Flammarion.

Derrière le voile

PREMIÈRE PARTIE
LE SOIR DU 12 JUIN

I

Le docteur Davier quitta sa victoria à l’angle de l’avenue de Paris et de la rue Saint-Pierre.

— Je ferai le reste de ma tournée à pied. Rentrez, Auguste !

Et le médecin foula le bitume d’un pied alerte, heureux de se mouvoir dans la tiédeur apaisée et dans la lumière qui s’étendait en larges nappes sur le trottoir.

Le soleil de juin baignait de clarté rose les façades tournées vers l’occident, avivait les couleurs des étoffes exposées, faisait jouer des étincelles parmi les bibelots, les armes, les bijoux des étalages. La gloire et le bonheur de l’été animaient de beauté et de jeunesse les choses les plus communes.

Cependant le côté gauche de la rue plongeait dans le clair-obscur. S’élevant au-dessus des toits des maisons et allongeant son ombre jusqu’au milieu de la chaussée, un pignon fruste et noir découpait un triangle rébarbatif sur le ciel. De rares fenêtres, garnies de barreaux, perçaient l’épaisse muraille, et, en bas, une porte sévère et massive s’incrustait dans une arcade trapue. Le docteur regarda au passage cette sorte de forteresse contre laquelle se tapit le Palais de Justice. Et l’inconsciente joie qui amenait un fredon près de ses lèvres s’évanouit.