Mais dans la tendresse de ces paroles, perçait une plainte involontaire. Davier étouffa sa pensée, et enveloppa plus fort, dans la tiédeur de ses doigts, le poing menu.
— De quel côté irons-nous, Évelyne ? Dirige !
— N’importe où ! J’aime tout ici, surtout avec toi ! Tiens ! disons bonjour à Mme Flore que voici avec ses petits enfants, et puis visitons aussi Mme Cérès et sa famille !
— Volontiers ! Ces dames méritent bien que nous leur rendions nos devoirs. Et ensuite !
— Ensuite ? chercha Évelyne s’excitant de bonheur, nous passerons, si tu veux, devant le char d’Apollon, puis nous rejoindrons le Miroir et le Jardin du Roi. Ainsi nous reviendrons juste à l’heure, en sortant par la porte de l’Orangerie ! C’est bien dommage que nous n’ayons pas le temps d’aller à Trianon !
— Allons-y en pensée seulement, ce soir ! Tiens ! voilà ton amie Cérès, qui consulte avec inquiétude le ciel, afin de savoir si elle doit presser la rentrée de ses gerbes !
A travers les ramures épaisses, les rayons déclinants s’allongeaient en flèches brillantes ; des éclaboussures de soleil revêtaient le sol d’un tapis, moiré d’or et d’améthyste sombre. Évelyne, grisée, babillait comme une alouette en plein azur, Et le père, s’accordant au badinage enfantin, laissait pénétrer en son âme, sourdement inquiète et dolente, l’apaisante fraîcheur des branches vertes, des sous-bois parfumés, du bruissement argentin de la jeune voix.
Soudain, les deux promeneurs passèrent, de la pénombre des longues nefs de feuillages, à l’éblouissement du grand espace découvert, où les eaux du Bassin d’Apollon et du Grand Canal réverbéraient le ciel éclatant.
A l’est, le château s’illuminait. L’astre, descendant vers l’horizon, baignait de feux plus ardents la demeure royale. Les fenêtres étincelantes paraient d’une double rangée d’escarboucles la majestueuse façade.
— Papa, tu sais, déclara posément Évelyne, je n’aime pas beaucoup Louis XIV. Il a été dur et méchant, parfois, et si capricieux ! Mais, tout de même, il a créé de bien beaux jardins ! Comme ça devait être joli, les carrosses, les chaises roulantes, les seigneurs à perruques, et les dames avec leurs grandes robes chamarrées ! Et sur le canal, les gondoles, les fêtes vénitiennes ! Tiens ! il y a des petits bateaux qui voguent ! Veux-tu que nous allions jusqu’à la Flottille ?