— Mais, s’il aperçut un malfaiteur qui le volait, cette vilaine surprise ne put-elle avancer sa fin ? objecta insidieusement Mme Lermignot. Ça paraît à tout le monde vraisemblable. Et, en tout cas, le résultat est le même pour le défunt, que tout Versailles regrette !

— Mais non pour celui qu’on accuse ! intervint Me Bénary. N’aggravez pas les charges qui pèsent sur mon malheureux client — innocent, j’en suis certain !

— Un bon avocat doit toujours le dire ! dit l’antiquaire avec un sourire flatteur. Mais quand on possède une jolie femme… qu’on veut un décor artistique à sa vie… Hé ! les hommes sont faibles !… Vous n’entrez pas, docteur ?

Le médecin, laissant Me Bénary gravir les deux degrés du magasin, consultait sa montre :

— Non. Pas le temps ! Je désire rejoindre ma famille au Parterre du Nord, et je veux voir auparavant la malheureuse femme de Raymond Airvault.

— Je l’ai visitée tantôt ! dit Me Bénary. Je voulais essayer de tirer d’elle quelque renseignement sur le fameux et fâcheux camée, trouvé dans un tiroir de son mari. Mais ce dernier ne lui en avait pas parlé ! Sacrée pendeloque ! C’est elle qui m’embarrasse ! Alors, cher ami, vous résistez vertueusement à la sirène qui s’appelle Mme Lermignot ?

— Oui ! Deux fois père, je ne dois pas m’exposer aux tentations onéreuses ! Mme Lermignot l’a décrété elle-même : les hommes sont faibles !

Et prenant congé en riant, le docteur poursuivit hâtivement son chemin, tête baissée. Cette brève causerie, sous l’enjouement des ripostes, contenait des sous-entendus graves qui agitaient sa pensée et sa vive sensibilité.

Cette marchande, retorse en affaires, mais douée de clairvoyance et de bon sens, n’avait fait que rapporter les rumeurs populaires — facilement accusatrices. Bénary, par habitude professionnelle, pouvait clamer l’innocence de l’inculpé, sans en être convaincu. Louis Davier voulait y croire, en dépit des apparences.

« Les hommes sont faibles. »