— Faites entrer Gaston Bridou.

La minute suivante, se présentait, flanqué de ses fidèles gardiens, l’homme entrevu par Raymond sur la banquette du couloir, — gros, blafard, les joues molles, avec des yeux fuyants sous d’épaisses paupières — le type d’un ex-larbin tombé parmi la basse canaille.

— Gaston Bridou, fit le magistrat en désignant Airvault, est-ce bien cet homme qui vint, le 13 juin, à huit heures du matin, vous proposer l’achat de deux topazes et d’un médaillon ?

Raymond sentit son cœur s’arrêter, sous le regard bigle qui le toisait. Ah ! penser que son honneur, sa sécurité dépendaient de la clairvoyance et de la bonne foi de cet être crapuleux !

Mais Bridou secouait la tête.

— Non ! monsieur le juge, ce n’est point mon individu. L’autre était long comme un jour sans pain et pas plus épais qu’un couteau. Sont-ils de coterie ? je n’en sais rien. Mais je jurerais que la grande asperge, malgré sa barbe, n’est autre que Fonfonce-les-Pincettes — bien connu dans le quartier des Halles. Aussi soupçonnant quelque chose de louche — car je suis honnête, monsieur le juge ! — je n’ai pas voulu acheter ferme. Je lui ai dit de repasser. Il s’est douté du coup. Il n’est point revenu chercher ses bibelots qui me fichent à présent dans l’embarras. Je ne savais pas qu’ils avaient été signalés par les journaux et volés à Versailles, ça, je vous le jure !

— Il suffit. Vous vous expliquerez au Parquet de Paris. Vous vous rappelez bien exactement l’heure où l’inconnu déposa chez vous les bijoux en question ?

— Oui ! je n’avais encore enlevé que le panneau de ma porte. Et mon café chauffait sur le gaz, tandis qu’il me racontait ses boniments. Il était donc dans les environs de huit heures, peut-être cinq minutes en plus ou moins — pas davantage. Car je suis un homme réglé dans ses habitudes, monsieur le Juge !

— Très bien ! Allez maintenant !

Bridou sortit, tout en bredouillant des protestations et des doléances. M. Verbois se retourna vers l’architecte :