— Allons ! dit-il en lui frappant amicalement l’épaule, tout est bien qui finit bien. J’étais tranquille, averti, par mon intuition professionnelle, de votre parfaite innocence. Et la vérité, tôt ou tard, finit par éclater. Félicitons-nous que ce soit assez tôt.

Le juge d’instruction, lui, gardait un maintien compassé et gêné. Peut-être se reprochait-il d’avoir montré trop de précipitation. Jadis, à ses débuts, par excès de circonspection, il avait laissé filer un notoire criminel. Depuis lors, il se cuirassait contre la crédulité et pressait l’action.

Peut-être aussi, à cette minute, en dépit des preuves tangibles ou morales disculpant Airvault, conservait-il des doutes intimes sur celui qu’il relâchait, tout en se redisant la grande maxime qui incite juges et jury, même sceptiques, à l’indulgence : « Mieux vaut risquer de laisser impuni un coupable que de commettre une erreur. »

Le défenseur d’Airvault l’accompagna jusqu’au seuil de la prison.

— Allons, mon ami, les mauvais jours s’achèvent. Reprenez courage ! Pressez votre déménagement… sommaire. Le temps d’enlever ma robe et je vous attends au greffe, où l’ordre d’élargissement va parvenir. Nous sortirons d’ici ensemble. Ce soir, vous dînerez chez vous !

Raymond refit le sombre chemin jusqu’à la cellule ignominieuse. Mais le carcan qui lui broyait la gorge s’était desserré. En un tour de main, il rassembla papiers, linge et effets. Le repas du soir arriva.

— Tiens ! fit-il à la brute qui se levait du lit avec un grognement d’aise, prends ma part de soupe, et sans au revoir !

Au greffe, tandis qu’on lui restituait les menus objets qu’il avait dû déposer lors de son arrestation — montre, couteau, porte-monnaie, épingle de cravate — la colère et l’amertume l’envahirent. Pêle-mêle, il remit dans sa poche ces choses familières, dont la vue et le contact désormais n’éveilleraient plus que des réminiscences abominables : la fouille, la mensuration… Leur séjour dans la geôle les souillait — et il en était de même pour sa personne, imprégnée de l’impure atmosphère.

Mis en liberté, Airvault laissait quand même derrière lui les traces ineffaçables de son passage dans le séjour du crime. Les indices du bertillonnage, les empreintes de ses doigts, son signalement, son nom, ceux de ses parents et de sa femme demeuraient immatriculés sur les pages d’un registre d’écrou, parmi des noms infâmes.

La figure réjouie de Me Bénary vint à propos éclairer la triste pièce et ramener les idées consolantes, entraînant vers l’espoir.