Airvault se représenta la rue où il devait s’aventurer. Sur le chemin de sa maison, tout à la joie de son innocence reconnue, au soulagement de retrouver l’espace et l’air libres, de se mouvoir avec indépendance, protégé par la présence de l’avocat à ses côtés, le malheureux avait voulu ignorer le sournois ébahissement qui se propageait à son apparition et faisait retourner les têtes.
Il avait beau s’exciter au dédain, sur le point de recommencer l’épreuve, une peur l’ébranlait — comparable à la phobie du vide — et lui enlevait tout sang-froid.
Madeleine soupçonna cette hésitation. Avec le sublime instinct des femmes, elle trouva, pour l’homme démoralisé, déprimé, la plus efficace des défenses : l’enfant dont la petite main communiquerait au père énergie, vaillance, calme salutaire.
— Emmène Raymonde, tiens, puisqu’elle a tant de peine à se séparer de son papa ! Elle ne sort guère depuis quelque temps. Et je puis très bien demeurer seule une heure ou deux.
X
Le dîner s’achevait chez le docteur Davier quand retentit le coup de sonnette d’Airvault.
Ce jour-là, justement, Stany honorait de sa plaisante présence la table de famille et Fulvie, charmée de cette condescendance, avait convié quelques amis à prendre le thé pour animer la soirée.
Le valet remit une carte au docteur qui se dressa avec un tressaillement.
— Hé ! mon Dieu, cher ami, quel grand personnage s’annonce pour vous causer une telle commotion ! badina Mme Davier, décidée à la belle humeur.
Mais le médecin, une barre en travers du front, jetait, d’une voix brève, un ordre au domestique :