— Mais c’est inhumain ! Voici l’extrémité barbare où amène la peur des microbes, chez les ignorants et les égoïstes.

— Dites aussi le plaisir cruel d’humilier ceux qui se trouvent à leur merci, et qui sont tellement humiliés déjà !

— Mais vous ne pouvez rester ainsi !

— Zélia m’a promis de m’envoyer une de ses voisines. Viendra-t-elle ? Rien ne m’étonne plus !

Mme Airvault mordit en vain ses lèvres. Les sanglots, brusquement, se firent jour, violents. Elle saisit son mouchoir. Le docteur, désolé, redoutant une crise, posa sa main avec autorité sur le poignet amaigri.

— Je vous défends de pleurer ! Vous m’entendez bien ! Voulez-vous guérir, oui ou non ?

— Ah ! je me le demande ! s’écria-t-elle. S’il n’y avait pas ma chère fillette, je souhaiterais disparaître plutôt que de subir l’affront et l’outrage. Voir mon pauvre mari sous le coup d’une accusation infâme !

— Rassurez-vous ! Tous ceux qui le connaissent savent Raymond Airvault incapable de cette vilaine action.

— Mais les autres ! les autres ! Avec quel plaisir les gens acceptent toutes les calomnies les plus invraisemblables ! Nous étions enviés dans notre médiocrité. Raymond possédait la confiance de son patron, qui a d’ailleurs exploité à son profit le talent de mon pauvre mari. Nous envisagions une association possible avec un camarade et des pourparlers étaient même engagés pour la location d’un gentil pavillon, rue de la Paroisse, où Raymond eût ouvert un cabinet. Pourrons-nous reprendre tout cela maintenant ?…

— Soyez plus optimiste ! L’enquête établira l’innocence de votre mari.