Il remercia sa femme d’un baiser qui glissa ensuite vers le petit front moite. Une bouffée d’espoir rafraîchit son âme.

Comme il prenait le sentier conduisant à son cabinet, le médecin avisa un petit carré de carton, gisant sur le sable, au milieu d’effilochures et de brindilles de fil.

— Un billet de chemin de fer ! Perdu par un client, peut-être ?

Mme Davier rit à gorge déployée.

— Du tout ! La femme de chambre s’était installée à cet endroit pour rafistoler le pardessus d’été de M. Stany — car, en bonne sœur, je prends soin de sa garde-robe. Une poche était percée, et dans la doublure se promenaient un porte-crayon, des timbres, une cigarette, et un billet de retour que le susdit jeune homme dut frénétiquement chercher en repartant de Versailles pour Paris. Ah ! Ah ! Que cela ressemble bien à du Stany !…

Le docteur examinait le ticket. La date restait nettement marquée : le 12 juin 1912.

Il voulut rejeter sur le sol le minuscule carton. Quelque chose de plus fort que sa volonté fit resserrer ses doigts frémissants.

Davier entra dans son cabinet, s’assit à son bureau, considéra encore la petite chose banale avec une stupeur horrifiée.

— Non ! il ne s’est pas présenté ici, ce jour-là, non !… D’ailleurs, Fulvie et moi, dînions au dehors !… C’est fou !

Sa pensée recula comme une bête qui se cabre.