Les jeunes yeux rayonnaient maintenant. Le sourire avait refleuri sur les lèvres fraîches. Ainsi, habile et prudente, Mlle Duluc gagnait la confiance de ses élèves et parvenait à régler les mouvements des âmes adolescentes, si vivement impressionnables.

Elle ne chercha pas à éloigner l’une de l’autre les deux fillettes, jugeant après étude attentive, que leurs natures se complétaient. Également droites et aimantes, mais Raymonde, plus énergique, plus ardente, d’esprit plus prompt, entraînait à l’action la rêveuse et passive Évelyne. Le docteur Davier, en disposant l’institutrice à la sympathie envers la famille Airvault, lui avait dit les mérites de l’enfant dont il connaissait le courage, le dévouement et la fierté.

Le premier trimestre se passa donc sans secousses, rempli par le travail et l’apprentissage d’habitudes nouvelles, les nostalgies apaisées par les douceurs de l’amitié et de l’espérance.

Mme Davier, ainsi qu’elle en avait annoncé l’intention, vint assez souvent visiter sa belle-fille à ce début d’hiver. Les jours de sortie, elle emmenait Évelyne à Paris et lui offrait des divertissements agréablement variés : matinées au Cirque ou au Français, réunions dansantes, visites des grands magasins, haltes dans les pâtisseries réputées.

Évelyne lui savait gré de ses efforts, et le témoignait avec le plus d’expansion possible. Mais souvent, ces programmes trop copieux dépassaient les forces de la fillette ; elle revenait exténuée, le cerveau débordant d’images trépidantes, les nerfs secoués, et des nuits de fièvre, des cauchemars, des lendemains migraineux, succédaient à ces courses agitées.

Évelyne, si on l’eût consultée sur le choix des distractions, eût opté avec transport pour deux heures de tranquille promenade aux côtés du père dont elle restait privée — dans le parc de Versailles ou les jardins de Trianon, si poétiques en leur tristesse hivernale.

— Quelle est cette brunette aux yeux noirs, avec laquelle je vous ai vue plusieurs fois dans la cour ? demanda, un jour, Mme Davier à sa belle-fille. Quand elle ira à un bal costumé, qu’elle se travestisse en gitane ! elle sera merveilleuse ! Dites-le-lui de ma part. Comment l’appelez-vous ?

— Raymonde… Raymonde Airvault ! prononça Évelyne avec une instinctive répugnance.

— Airvault ? chercha Mme Davier. Où donc ai-je entendu ce nom ?

Une lueur se fit. Elle reprit, dévidant ses réminiscences, sans les admettre comme conjectures :