Pour conclure ces brèves révélations, il ajoutait, d’un ton uni et naturel :

— Comme vous vous en doutez bien, c’est Raymonde Airvault que le conseil de famille, rassemblé avant-hier, m’a accordée pour pupille.

La jeune femme enleva ses longs gants et les jeta sur le bureau avec dépit.

— C’est très flatteur ! Ces gens discrédités possèdent vraiment sur vous un singulier empire ! Votre existence n’était pas assez surchargée ! Vous refusez de m’accompagner en de nombreuses occasions où il serait bienséant de vous voir figurer à mes côtés. Vous fuyez le monde, de plus en plus. Et voilà que, de votre plein gré, vous assumez une tâche de surcroît !… En l’honneur de qui et de quoi ? De deux femmes, mère et fille, qui me sont antipathiques !

— Vous ne les connaissez pas !

— Il me suffit de vous savoir si occupé d’elles ! Et puis, je sais leurs accointances avec cette odieuse Philo ! Soutenir ces Airvault, c’est pactiser avec ceux qui me sont hostiles !

Des ombres s’étendirent sur la physionomie de l’homme qui, renversé sur le dossier de son fauteuil, subissait l’orage.

— Ne vous montez pas ainsi à tort ! fit-il doucement. L’intérêt que m’inspire cette famille est uniquement motivé par l’excessive fatalité qui ne cesse de la poursuivre. Tout homme de cœur éprouverait le même sentiment. Bénary…

— Que ne le nommait-on tuteur en vos lieu et place ? interrompit-elle, cassante.

— Bénary est célibataire. Je suis père : donc mieux désigné, à tous égards, pour exercer un office quasi paternel auprès d’une fillette.