L’architecte pouvait aussi avoir été victime d’un accident ignoré, pendant sa navigation — assez hasardeuse — sur le Maule.

Aussitôt ces renseignements obtenus, M. Vielh fit insérer, dans les principaux journaux du Chili, une annonce promettant récompense à qui pourrait fournir des indications sur le Français Airvault, dont les traces étaient perdues depuis le 10 mai.

Personne ne répondit à cet appel.

Dès son retour, à la fin de septembre, M. Vielh fit mander la femme de son employé et ne lui cacha pas son découragement.

— Ne comptons plus que sur le hasard pour nous apporter la lumière. Mais toutes les probabilités, hélas ! concordent ! Et pour moi je ne garde pas d’illusions.

Le patron de Raymond rapportait les papiers, livres et effets, demeurés en désarroi dans l’appartement du défunt, à Talca. En palpant ces pauvres dépouilles, les souvenirs des temps heureux, l’amour désespéré se ravivèrent chez Madeleine. Touché de cette poignante douleur sans plaintes et sans phrases, M. Vielh s’évertua aux exhortations.

— Patience. J’ai donné ordre de poursuivre les investigations commencées, et à chacune de mes tournées, je réchaufferai le zèle des enquêteurs. Tôt ou tard, nous saurons les circonstances, et la preuve nécessaire sera obtenue.

En homme d’affaires, il songeait surtout aux conséquences funestes de ce mystère environnant la mort d’Airvault. Pendant une période indéterminée, peut-être longue, la famille du disparu resterait privée des bénéfices de l’assurance. Et cette femme, encore charmante, serait dans l’impossibilité de refaire sa vie, d’accepter un nouvel époux.

Madeleine, elle, bien loin de ces idées, considérait surtout les différentes hypothèses émises sur la fin de celui qu’elle aimait. En l’une ou l’autre de ces conjectures, le mari adoré avait subi les tortures d’une mort tragique, dans des circonstances effroyables.

M. Vielh, cependant, déroulait des papiers et les montrait à la veuve.