Sortant du service de Dieu

Vn petit cordelier se rue

Sur une pièce de morue.

[25] Voir Tallemant des Réaux, éd. Techener, in-8o, 1854, I, 320, notes.

[26] Le lecteur trouvera dans Tallemant, édit. cit., tom. I, 335, l’indication des pièces satiriques de Berthelot contre la vicomtesse d’Auchy.

Cette grande querelle eut lieu en 1607. Elle n’est point une lutte entre ennemis, la longanimité de Berthelot en fait foi. Elle paraît plutôt une scène de reproches changée par la vivacité irréfléchie de l’un des acteurs en une scène de violence. Une raison sérieuse peut être invoquée en ce sens. Deux ans après cet incident, en 1609, un livre publié à l’instigation de Berthelot, les Muses gaillardes, contient pour la première fois le récit du combat, &, par égard pour le poëte battu, les noms des lutteurs ont été changés, ils s’appellent Barnier & Matelot.

L’école satirique, dont les maîtres ont été désignés plus haut, est aujourd’hui tombée dans l’oubli. Elle s’est pourtant signalée par la production d’œuvres caractéristiques. On lui doit la publication d’anthologies aujourd’hui fort recherchées des bibliophiles : la Muse folastre (1603), les Muses incogneues (1604), les Muses gaillardes (1609), les Satyres bastardes du cadet Angoulevent & le Labyrinthe d’amour (1615), le Recueil des plus excellens vers satiriques (1617), le Cabinet satyrique (1618), les Délices satyriques (1620) & enfin le Parnasse satyrique (1622). Ici encore Berthelot apparaît dans toute sa pétulance. C’est lui qui est le promoteur de toutes ces œuvres malsaines. Contenu jusqu’à la mort de Motin, son ami, par l’autorité de ce dernier, il donne, à partir de 1616, toute carrière à son avidité de scandale, il accole à l’œuvre de Regnier, qu’il proclame ainsi le maître du groupe, les pièces qui entreront plus tard dans le Cabinet satyrique, & ne s’arrête enfin, après la publication du Parnasse, que devant l’arrêt qui le frappe avec Théophile, Colletet & Frenicle.

On est surpris de ce débordement de la poésie pendant les vingt premières années du XVIIe siècle. L’histoire politique donne le secret de tant de laideurs. Les guerres de religion, les luttes de la Ligue avaient jeté tous les esprits dans un grand trouble. Les haines furieuses auxquelles les partis avaient obéi pendant de longues années s’apaisaient. Elles faisaient place à des sentiments plus calmes, mais encore trop proches des emportements de la veille pour n’en avoir pas conservé quelque violence. Tout se pacifiait lentement. L’esprit de raillerie seul ne capitulait pas. En lui s’étaient réfugiées les colères inassouvies. Aussi les poésies satiriques de 1600 à 1620 dénotent-elles plutôt un trouble passager qu’une corruption durable, & des excentricités de débauche plutôt que des habitudes d’impudeur. Les brutalités de la moquerie n’épargnaient pas même Henri IV. Sigognes, à l’occasion du siége d’Amiens, gourmanda crûment le roi trop occupé de galanteries. Beautru écrivait l’Onosandre contre le bonhomme Montbazon. La satire était partout : pour les grands à la cour, & pour le peuple au théâtre. Dans un sixain qui vaut une page d’histoire, le poëte contemporain, d’Esternod, a conservé les noms des acteurs justiciers des ambitieux grotesques, des personnages ridicules & des dames galantes :

Regnier, Bertelot & Sigongne

Et dedans l’hôtel de Bourgongne,