Mais Monis bondit:
—Jamais je ne vous ai téléphoné, ni fait téléphoner.
Moi.—Le téléphone marche donc tout seul dans votre cabinet ministériel, monsieur Monis?
Lui.—Il y a toujours des mystificateurs. Ainsi, tenez, l'autre jour, on me dit: «M. Caillaux vous demande au téléphone.» J'y vais, j'y trouve en effet M. Caillaux, qui me répond: «Moi! mais je ne vous demande pas! Au contraire, on m'a dit que vous m'appeliez.»
Et le pauvre M. Monis ne voulut pas démordre de cette explication piteuse. Il n'avait pas envoyé le coup de téléphone, et il ne pouvait pas soupçonner qui l'avait envoyé.
Holà! monsieur le ministre, vous aussi, comme Me Maurice Bernard, vous faites surgir M. X? Car enfin, soyons net. Cette affaire de la remise à obtenir, cet ordre ou cette suggestion que vous venez de donner à votre procureur, n'étaient connus que de vous, du procureur Fabre et du mystérieux X, que nous venons de voir apparaître plus haut chez Me Maurice Bernard. Si ce n'est pas vous qui avez téléphoné ou fait téléphoner, ce ne peut être que M. X, impatient d'obtenir ce qu'il veut.
Et, cette fois encore, nous sommes bien obligés de conclure que cet X, cet homme masqué, qui semble chez lui au Ministère, c'est Rochette.
M. Monis ne trouve pas de son goût cette observation.
—Ah! s'écrie-t-il, vous êtes d'une ingéniosité que j'admire. J'ai posé devant votre objectif qui n'est pas bienveillant. Le talent que vous mettez dans les descriptions me fait plaisir, parce que je sais savourer l'art partout où je le trouve, mais en vérité, j'admire votre ingéniosité. Parce qu'il y a un coup de téléphone, il faut admettre que j'ai chez moi quelqu'un qui est le mandataire de Rochette.
Et M. Monis de soulever un incident en me contestant le droit de publier des articles.