N'empêche qu'il nous a raconté des choses pleines de substantifique moelle.

—Quand on s'est mis à parler de tous les côtés qu'il y avait un document Fabre (c'est-à-dire vers le temps de l'assassinat de Calmette), j'ai fait chercher dans toutes les armoires du ministère le document, et je ne l'ai pas trouvé.

Ainsi parle-t-il. Aimable naïveté! On le presse de continuer.

—Qu'avez-vous fait après cette déception, monsieur le garde des sceaux?

—J'ai interrogé M. le procureur Fabre. Il m'a dit qu'en effet il avait remis à M. Briand une note dont il m'exposa le sens. Je le priai de me la donner. Il hésitait. «Mais enfin, lui dis-je, je suis le ministre.—Oui, me répondit-il, mais je préfère tout de même ne pas vous la donner.—Pourquoi?—C'est un document à moi.»

—Et alors, monsieur le ministre? lui disions-nous.

—Alors? J'en suis resté là. Je craignais de paraître user d'intimidation. J'ai jugé plus correct de me tenir sur la réserve.

Vous pensez quel effondrement! J'ai demandé la parole.

—Monsieur le ministre, ai-je dit, il y a deux conclusions à tirer de votre témoignage. C'est d'abord que vous ne teniez pas beaucoup à entrer en possession de cette pièce. C'est ensuite que vous la connaissiez tous sur le banc des ministres, quand, au cours de la séance Delahaye, vous niiez si énergiquement qu'elle vous fût connue.

Je pense que vous voyez la couleur de cette petite scène, une des plus réussies de notre cinéma. C'est gris, très gris. Les amis du gouvernement faisaient grise mine. M. Bienvenu-Martin gardait sa mine habituelle. Et nous avions le triomphe modeste: à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.