M. Franklin-Bouillon.—«Permettez-moi, monsieur Barrès, de vous demander si vous êtes bien d'accord avec vous-même? Ce Parlement si bien organisé, dites-vous, autrefois, vous l'attaquiez de la même façon à cette époque, au nom du boulangisme. Comment pouvez-vous en faire l'éloge rétrospectif aujourd'hui?»

M. Jules Delahaye.—« Mais le boulangisme, c'était une réaction contre la pourriture parlementaire!»

M. Maurice Barrès.—«Monsieur Franklin-Bouillon, le boulangiste que j'ai été adressait au système parlementaire des critiques que l'expérience a justifiées. Dans le système parlementaire, les inconvénients et le danger augmentent à mesure qu'au lieu d'être solidement organisés les partis se dissolvent en groupes comme nous voyons à cette heure. (Très bien! très bien! sur divers bancs au centre et à droite).

«Le moyen de nous dégager de cette liquéfaction, de rompre ces liens malsains créés dans l'intérieur des groupes et qui vous mèneraient à l'indulgence pour ce qui ne peut pas mériter l'indulgence, c'est de ne considérer que l'intérêt général, que l'intérêt national.

«La même disparition des partis se manifeste dans le pays et, pour parler d'un terrain que je connais mieux, pour parler de Paris où j'ai quelque connaissance de la politique et où je prie ceux qui en ont plus que moi l'expérience de contrôler ce que j'en affirme, je dis que dans Paris, si l'on met à part le parti socialiste et le monde catholique, qui ont, chacun à leur manière, leur organisation, les autres partis sont tout désorganisés, qu'ils ne sont que de minces groupements, des cadres sans grande force, sans grande solidité, mais que de plus en plus, dans cette masse se dégage un sentiment qui fait l'union: le désir de voir juger toutes choses non du point de vue d'un clan, d'une coterie (les partis ne sont plus que cela) mais du point de vue de l'intérêt national. (Applaudissements au centre et à droite.)

«Inspirez-vous de ces vues. Dans le vote que je vous demande d'émettre aujourd'hui, en repoussant les conclusions de la commission, en ne vous prêtant pas à cette excessive indulgence, en déférant les coupables à la justice, il s'agit de mettre le bien public au-dessus de tous ces groupes incertains. En réclamant des sanctions pénales contre des ministres coupables d'avoir entravé par ordres et menaces l'action régulière de la justice qui poursuivait un escroc, c'est l'intérêt national que je vous demande de mettre au-dessus d'une camaraderie et au-dessus de ces luttes de groupes où les petits papiers remplacent les programmes, et dont les chefs se poursuivent dans l'ombre avec des poignards à la main. (Très bien! très bien! au centre et à droite.)

»Faites une besogne de salubrité publique en frappant les deux ministres coupables.» (Vifs applaudissements au centre et à droite.)

M. Bedouce.—«Tous les coupables, non pas deux.» (Applaudissements à l'extrême-gauche.)

M. Maurice Barrès.—«Je n'en connais que deux.»

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