Combien je t'aurais aimé si je ne
savais qu'il n'y a qu'un Dieu.
L'ARÉOPAGITE.
C'est un baiser sur un miroir.

Au soir, une douce tiédeur emplit l'air violet où se turent enfin les oiseaux; et parmi les saules, au bord des étangs, le jeune homme et la jeune femme s'illuminaient du soleil alangui sur l'horizon.

Elle avait de longs cils, des cheveux dénoués, des draperies flottantes et tous les charmes qui attirent les caresses. Et cependant que de sa baguette, à coups légers, elle soulevait en perles l'eau dormante, son fin visage à demi tourné souriait au jeune homme. Et lui, couché parmi les rares fleurs, il suivait avec nonchalance le reflet de son image balancée sur les étangs.


Alors, sans crainte de froisser les petites branches de lavande, elle s'agenouilla devant lui et le baisa doucement au front pour murmurer:

—Est-ce moi, mon ami, ou sont-ce vos pensées que vous voulez accueillir à cette heure? Daignez comprendre ce qui me plaît parmi ces saules. Voulez-vous donc que je rougisse?

Mais elle s'interrompit de sourire, inquiète de ce jeune homme si las, devinant peut-être qu'il contemplait là-bas, plus loin que tout désir, le temple de la Sagesse Éternelle vers qui les plus nobles s'exaltent. Elle posa sa main délicate sur les yeux du jeune homme.

—Ah! dit-elle, ne sais-tu pas que je suis faite pour qu'on m'aime? Et pourquoi faut-il donc que tu m'écartes, pourquoi te peiner, de mon sourire? J'ai toujours vu que les hommes s'y complaisaient.

Mais lui répondit à cette amoureuse, avec une légère fatigue:

—Ne connais-tu pas aussi ceux-là qui dédaignent vos frissons et n'ont pas souci de vos petites prunelles sous leurs paupières lourdes!