Avec la triple couronne de ses galeries effritées et les cent marches croulantes de son escalier, le Serapeum dominait la ville, ses splendeurs, ses luxures et tous ses fanatismes. Sur ses murs déjoints fleurissaient des câpriers sauvages. Mais il apparaissait comme le tombeau d'Hellas. Les images des gloires anciennes et plus de sept cent mille volumes l'emplissaient. Ces nobles reliques vivaient de la piété d'une auguste vierge, Athéné, pareille à notre sensibilité froissée qui se retire dans sa tour d'ivoire.

Elle avait hérité des enseignements, et chaque semaine elle réunissait les Hellènes. Elle soutenait dans ces esprits, exilés de leur siècle et de leur patrie, la dignité de penser et le courage de se souvenir. Ceux-là même l'aimaient qui ne la pouvaient comprendre.

Dans la grande salle, pavée de mosaïques éclatantes et tapissée des pensées humaines, Athéné, qu'entouraient des Romains, des Grecs, beaucoup de lents vieillards et quelques élégantes amoureuses des beaux diseurs et des jolies paroles, semblait une jeune souveraine; ses yeux et tous ses mouvements étaient harmonieux et calmes.


Suivie de Lucius, Amaryllis entra pleine de trouble et de charme. La vierge les accueillit avec simplicité.

—Tu es belle, Amaryllis, il convient donc que tu sois des nôtres. Tu connaîtras ce que fut la Grèce, ses portiques sous un ciel bleu, ses bois d'oliviers toujours verts et que berçait l'haleine des dieux, la joie qui baignait les corps et les esprits sains, et ton coeur mobile comprendra l'harmonie des désirs et de la vie. Plotin, à qui les dieux se confièrent, avait coutume de dire: «Où l'amour a passé, l'intelligence n'a que faire.» Amaryllis, en toi Kypris habita, prends place au milieu de nous, comme une soeur digne d'être écoutée.

—L'amour, Athéné, dit un jeune homme, est-ce bien toi qui le salue?

Elle dédaigna d'entendre ce suppliant reproche, et fit signe qu'elle avait cessé de parler.