La vierge, debout, considérait ce petit monde, le seul qu'elle connût parmi les vivants, le seul qui pût la comprendre et la protéger; si elle souffrait des phrases inutiles, de l'intrigue et de la vanité de son entourage, ou si elle vaguait loin de là dans le sein de l'Être, sa noble figure ne le disait point. Alors des siècles de grossièreté n'avaient pas modelé le visage humain à grimacer comme font mes contemporains.

A ce moment une clameur monta de la place, et pénétra en tourbillons indistincts dans l'assemblée, qu'elle balaya et fit se dresser inquiète. Une bande impure vociférait au pied du Serapeum. Les plus hardis avaient gravi les premières marches du temple. On les voyait dégoûtants de haillons, la tête renversée en arrière, la gorge et la poitrine gonflées d'insultes. Et le nom d'Athéné montait confusément de cette tourbe, comme une buée d'un marais malsain.

Sans faiblir, la vierge s'appuyait au marbre effrité des balustrades. Sur la plaine uniforme des toits, les raies noires des rues aboutissant au Serapeum lui paraissaient les égouts qui charriaient la fange de la cité dans cette populace ignominieuse.

Un vieillard, avec respect, prit la main de la jeune fille et lui dit;

—Tu ne dois pas les écouter ni les craindre.

Elle l'écarta doucement.


Amaryllis se demandait: «Est-il vrai que leurs temples sont pleins de femmes? Quel charme infini émane du bel adolescent qu'ils servent!» Elle se sentait attirée vers cet inconnu, et plus soeur de ces hommes ardents et redoutables que de ces Romains altiers, de ces railleurs et de ces pédantismes secs.

Elle entendait à demi l'accent ironique de Lucius:

—Dédaignons-les! un léger dédain est encore un plaisir. Mais gardons-nous de les mépriser; le mépris veut un effort et nous rapprocherait de ces curieux fanatiques.