—Je te présentai une servante d'Adonis, c'est une chrétienne qu'il faut dire aujourd'hui.
Athéné, avec la lassitude de son isolement et de son élévation, répondit:
—Qu'importe, peut-être, Lucius! Ne pas sommeiller dans l'ordinaire de la vie, être curieux de l'inconnaissable, c'est toute la douloureuse noblesse de l'esprit; tu la possèdes, Amaryllis. Et pouvons-nous te reprocher, à toi qui naquis d'une affranchie orientale, le malheur d'ignorer la forme sereine et définitive, que surent donner à cette inquiétude nos aïeux, les penseurs d'Hellas?
Dans cette excuse se dressait un peu de fierté, et ce fut tout son reproche à la Chrétienne. Puis en peu de mots elle les remercia d'être venus. Ses amis le plus affichés, jugeant le péril imminent, s'étaient excusés. Seul, un vieillard rejoignit, auprès de la vierge, Amaryllis et Lucius. Il était poète et chancelant. Il affirma que la populace, un peu égarée, se garderait de tous excès. Lucius et Athéné empêchèrent Amaryllis de lui dessiller les yeux: cette vierge ignorante de la vie et ce débauché trop savant estimaient cruel et inutile de rompre l'harmonie d'un esprit, et que les plus beaux caractères sont faits du développement logique de leurs illusions.
Cependant, avec simplicité, Athéné commença son enseignement au petit groupe attentif:
—«Je comptais sur vous, mes amis, car toujours il me sembla que les poètes et les amis du plaisir, disposant, les uns du coeur des grandes héroïnes, les autres du coeur des jeunes hommes et des jeunes femmes, n'ont point à user de leur propre coeur pour les frivolités passagères, et qu'ainsi, aux heures troublées, ils le trouvent intact dans leur poitrine.
«Et puis les poètes et les voluptueux ne savent-ils pas se comporter plus dignement qu'aucun envers la mort, car ceux-ci n'en parlent jamais, et les hommes inspirés la chantent en termes magnifiques, avec tout le déploiement de langage qui convient aux choses sacrées.
«Elle est la félicité suprême, l'inconnue digne de nos méditations, la patrie des rêves et des mélancolies. Elle est le seul, le vrai bonheur. Quelques sueurs et des contractions la précèdent qu'il faut couvrir d'un voile, mais aussitôt nous nous fondons dans l'Être, nous sommes soustraits aux douleurs du corps; plus d'angoisse, plus de désir, nous nous absorbons dans l'un, dans le tout....»