Ces idéologies, au reste, sont exprimées avec une émotion communicative; ceux qui partagent le vieux goût français pour les dissertations psychiques trouveront là un intérêt dramatique. J'ai fait de l'idéologie passionnée. On a vu le roman historique, le roman des moeurs parisiennes; pourquoi une génération dégoûtée de beaucoup de choses, de tout peut-être, hors de jouer avec des idées, n'essayerait-elle pas le roman de la métaphysique?

Voici des mémoires spirituels, des éjaculations aussi, comme ces livres de discussions scolastiques que coupent d'ardentes prières.

Ces monographies présentent un triple intérêt:

1° Elles proposent à plusieurs les formules précises de sentiments qu'ils éprouvent eux aussi, mais dont ils ne prennent à eux seuls qu'une conscience imparfaite;

2° Elles sont un renseignement sur un type de jeune homme déjà fréquent et qui, je le pressens, va devenir plus nombreux encore parmi ceux qui sont aujourd'hui au lycée. Ces livres, s'ils ne sont pas trop délayés et trop forcés par les imitateurs, seront consultés dans la suite comme documents;

3° Mais voici un troisième point qui fait l'objet de ma sollicitude toute spéciale: ces monographies sont un enseignement. Quel que soit le danger d'avouer des buts trop hauts, je laisserais le lecteur s'égarer infiniment si je ne l'avouais. Jamais je ne me suis soustrait à l'ambition qu'a exprimée un poète étranger: «Toute grande poésie est un enseignement, je veux que l'on me considère comme un maître ou rien.»

Et, par là, j'appelle la discussion sur la théorie qui remplit ces volumes, sur le culte du Moi. J'aurai ensuite à m'expliquer de mon Scepticisme, comme ils disent.


I—CULTE DU MOI

a.—JUSTIFICATION DU CULTE DU MOI