C'est une souffrance, après que par la pensée on a embrassé tous les degrés du développement humain, de commencer soi-même la vie par les plus bas échelons.

Pendant six mois il fut à son affaire. Il prit des apéritifs avec des publicistes, même il s'exerça sur trois jeunes gens à manier les hommes. C'est pourquoi des personnes bienveillantes disaient au moment du cigare: «Hé, voilà que ce jeune homme se fait sa place au soleil.» Ce que ton nomme encore: il se pousse.

Et quoiqu'il n'eût qu'à se louer de tout le monde et de soi-même, son horreur pour ces contacts était chaque jour plus nerveuse. Peut-être aussi se surchargeait-il, étant attaché aux Affaires étrangères, secrétaire d'un sous-secrétaire d'État, avec d'autres broutilles.


EXTASE

Qu'on me rende mon moi!
MICHELET.

A cette époque, pour quelque besogne, une enquête sans doute, il fut à Bicêtre. Et dans la verdure d'un parc immense, par une belle matinée de soleil, il vit les fous joyeux et affairés, qu'un professeur, vieux maître décoré, et des jeunes gens sérieux et simples interrogeaient discrètement et toujours approuvaient.

Le jeune homme était las: fatigué de cette course matinale et humilié de sa besogne prétentieuse. Ce palais de plein air, cette imprévue hospitalité où, dans un cadre parfait, dans une exquise régularité de confort, ces hommes, si différents cependant, suivaient leur rêve et se construisaient des univers, l'émurent. Il les voyait, ces idéalistes, se promener en liberté, à l'écart, fronts sérieux, mains derrière le dos, s'arrêtant parfois pour saisir une impression. Nul ne raillait leur stérile activité, nul ne les faisait rougir; leurs âmes vagabondaient, et vêtus de vêtements amples, ils laissaient aller leurs gestes.

Isolé dans ce délicieux séjour, tandis que personne ne daignait s'intéresser à lui, sinon d'un oeil interrogateur et dédaigneux, il fit un retour sur lui-même, poussiéreux, incertain du lendemain, hâtif et n'ayant pas trouvé son atmosphère....