—Notre père était gardien de ce musée, me dit la grande soeur; c'est là que Bérénice se plaisait; elle pleure chaque fois qu'elle y pense.
—Et pourquoi pleurez-vous, petite fille?
Elle ne me répondit pas, et détourna les yeux.
—Il n'y venait jamais personne, reprit la grande soeur; les tapisseries, les tableaux étaient si vieux! Si vous nous connaissiez depuis plus longtemps, je croirais que vous parlez de Joigné pour faire plaisir à Bérénice.
Nous étions arrivés chez elles, là-bas, sur ce flanc de la butte Montmartre qui domine la banlieue. Je pris dans mes bras cette petite fille maigre pour la descendre de voiture, et déjà la légère curiosité qu'elle m'avait inspirée se faisait plus tendre à cause de notre passion commune pour ce musée de Joigné, ce musée du roi René, d'un charme délicat et misérable, comme la petite bouche si fine et à peine rosé de cette enfant aux cheveux nattés.
CHAPITRE QUATRIÈME
HISTOIRE DE BÉRÉNICE (Suite).—LE MUSÉE DU ROI RENÉ
C'est un art très étroit, mais c'est de l'art qu'on trouve au «Musée du roi René», et ses trois salles du quinzième siècle présentent même une des étapes les plus touchantes de notre race.
La plupart des hommes n'y voient que des beautés mortes et presque de l'archéologie, mais quelques-uns, d'âme mal éveillée, attendris de souvenirs confus, n'admettent pas qu'on dénoue si vite les liens de la vie et de la beauté. Cet art franco-flamand qui, au quatorzième siècle, fut la fleur du luxe et de la grâce, ne leur est pas seulement un renseignement, il les émeut.