2° LES PLAISIRS DE BÉRÉNICE
Ton plaisir, ma chère Bérénice, c'est d'être enveloppée par la caresse, l'effusion et l'enseignement d'Aigues-Mortes, de sa campagne et de la tour Constance. «C'est là seulement que je me plais,» me dis-tu. Elles te tiennent des discours dont tu peux te demander si ce n'est pas toi qui les leur a confiés. Tu te mêles à Aigues-Mortes; tes sensations, tu les as répandues sur toutes ces pierres, sur cette lande desséchée, c'est toi-même que te restitue la brise qui souffle de la mer contre ta petite maison, c'est ta propre fièvre qui le monte le soir de ces étangs.
Et pourtant, cette rêverie où vous vous abandonnez, Aigues-Mortes et toi, ne te suffit pas. Ton âme dispersée sur cette terre, ta souffrance émiettée, tu aurais plaisir à les resserrer, à t'y recueillir, à en déguster chaque détail. Aigues-Mortes reste trop dans les généralités; tu as besoin d'un confident plus intime et aussi plus explicatif. Ta petite âme suave, si frémissante à toutes les solidarités de la nature, précisément parce qu'elle est neuve, obscure, a peu conscience d'elle-même; toi qui t'accordes profondément avec cette contrée, tu t'inquiètes pourtant, tu te crois isolée; tu aspires à rentrer dans le personnel. C'est pourquoi je projette que tu jouisses, que nous jouissions ensemble des voluptés de la confession.
En te révélant à moi, tu oublieras ta solitude; tu t'épancheras, et donneras ainsi la gaieté des eaux vives aux douleurs qui croupissent en toi.
Par la méditation et l'examen de conscience en commun, on pénètre bien plus finement en soi-même. C'est une méthode que j'ai expérimentée avec mon ami Simon,—charmant garçon que j'ai un peu perdu de vue, mais que je veux te faire connaître. Je suis arrivé à faire en sa société quelques excursions sur des points tout à fait nouveaux de moi-même.
Enfin, étant ton confesseur, je serai en même temps ton directeur de conscience, et dans les commentaires que je veux faire sur ton âme, j'aurai soin de te la présenter sous le jour le plus favorable, en sorte que tu ressentes de la quiétude et une grande paix.
La volupté de l'épanchement, le bien-être de la pleine lumière et le calme du pardon, voilà ce que tu trouveras dans la confession, qui est véritablement le seul plaisir digne de Bérénice.
3° LES DEVOIRS DE BÉRÉNICE
Tu as des devoirs, Bérénice. Il ne suffit pas que tu sois une petite bête à la peau tiède, aux gestes fins, et une enfant qui se confesse avec naïveté: tu dois être mélancolique.