—Chut! lui dit Isabelle, ne bougez pas.
Elle était occupée à faire un point à l'écharpe de la Sarrasine, et l'ombre du jeune homme tombait sur le large ruban, ce qui fait qu'après trois minutes, en jetant son aiguille, elle lui dit:
—Petit chrétien, je viens de te coudre à cette écharpe.
Et toutes d'applaudir. Les lèvres de rubis souriaient, les joues brillaient, les boucles de cheveux voltigeaient, certains regards étaient voilés par de longues paupières, et d'autres étrangement gais. Guillaume voyait les gouttes de sueur qui perlaient sur ces jeunes visages d'Orient, et comme pour comprendre ces gazouillements d'oiseaux il était obligé, si bien qu'il sût le langage sarrasinois, de surveiller de près le mouvement de leurs lèvres, il apercevait cette vivante humidité des jeunes bouches qui atteste aussi bien que le feu des prunelles que des beautés ne sont pas tout aériennes. Cette ardeur de l'âme qui se trahit dans leurs regards est leur qualité propre comme le parfum appartient aux fleurs, le chant aux oiseaux et la rosée aux matins d'automne. Il voyait tout cela aussi clairement qu'à leurs ceintures les nœuds de diamant, à leurs doigts les bagues et à leurs chevilles les pesants anneaux d'or. Mais il ne faisait attention qu'au bel œil étincelant de la Sarrasine et à cet air libre et guerrier qui la mettait au-dessus de toutes. Une immense joie le pénétrait à la pensée qu'elle n'avait pas refusé que l'ombre d'un humble étranger fût cousue à son écharpe de déesse.
Quand il fut parti, toutes commencèrent à le louer. Zobéide, qui était la plus joyeuse, dit en riant:
—Puisse-t-il être, madame, comme l'oiseau Homay qui assure une fortune éclatante à celle sur qui s'arrête son ombre.
—Bah! dit la grosse Badoura, fortune ou infortune, que je voudrais donc me réfugier sous l'ombre de ce bel oiseau.
Et toutes commencèrent à vouloir que la savante leur confiât ses secrets. Mais elle se tourna vers la sultane:
—Vous ne dites rien, madame.
Elles n'en purent tirer que ceci: