»Je n'écris pas à Sainte-Beuve parce que je ne me sens pas le courage de parler davantage de mes chagrins et qu'il m'est impossible de feindre avec lui une autre disposition que celle où je suis. Mais si vous lui écrivez, remerciez-le pour moi de l'intérêt qu'il nous porte. Sainte-Beuve est l'homme que j'estime le plus; son âme a quelque chose d'angélique et son caractère est naïf et obstiné comme celui d'un enfant. Dites-lui que je l'aime bien; je ne sais pas si je le verrai à Paris; je ne sais pas si je le reverrai jamais.
»Ni vous non plus, mon cher; mais pensez à moi quelquefois et tâchez d'en penser un peu de bien avec ceux qui n'en penseront pas trop de mal. Je ne vous dis rien de la part d'Alfred, je crois qu'il vous écrira de son côté. Amusez-vous bien, courez, admirez et surtout ne tombez pas malade.
»T. à v.,
»GEORGE SAND.»
22 mars [1834].
«Écrivez-moi à Paris, quai Malaquais, 19, si vous avez quelque chose à me dire.»
III
RETOUR D'ITALIE
Le 22 mars 1834, il était donc décidé que George Sand et Alfred de Musset revenaient ensemble à Paris; mais le 28, tout était changé. Les troisième, quatrième et cinquième chapitres de la dernière partie de la Confession d'un enfant du siècle donnent une idée de ce qui a dû se passer durant ces quelques jours. Musset, apparemment, crut faire acte de grandeur d'âme et de générosité en partant seul, laissant George Sand en compagnie de Pagello.
Avant de le quitter, ses «deux grands amis» remirent au voyageur un petit portefeuille portant ces deux dédicaces autographes [15]. Sur la première page: