Vu au Pont Saint-Maurice, le 3 avril 1834, allant en France.

Vu à Genève, le 5 avril 1834. Bon pour Paris.

Vu à Bellegarde, le 6 avril 1834.

Il était accompagné par une sorte de domestique, nommé Antonio, que George Sand avait chargé de veiller sur son maître pendant le voyage et qui devait la tenir au courant des incidents de la route. Elle-même reconduisit Musset jusqu'à Mestre, dit-elle dans son Histoire de ma Vie,--jusqu'à Vicence, d'après une lettre d'elle à Boucoiran [16].--Il lui écrivit de Padoue et de Genève; elle, de son côté, lui adressa une lettre à Milan.

Le 12 avril, Alfred de Musset arriva à Paris (le 10, dit Paul dans la Biographie), exténué au physique et au moral. Il s'enferma dans sa chambre et, pendant plus d'un mois, il ne voulut voir personne.

«Je fus saisi d'une souffrance inattendue, raconte-t-il plus tard dans son Poète déchu [17]; il me semblait que toutes mes idées tombaient comme des feuilles sèches, tandis que je ne sais quel sentiment inconnu, horriblement triste et tendre, s'élevait dans mon âme. Dès que je vis que je ne pouvais lutter, je m'abandonnai à la douleur, en désespéré... La douleur se calma peu à peu, les larmes tarirent, les insomnies cessèrent, je connus et j'aimai la mélancolie.»

Ce qui entretenait encore le poète en ce malheureux état, c'était la correspondance établie entre lui et elle: n'étant plus en contact, ils renouvelaient leur rêve et poétisaient jusqu'à leurs querelles passées. En outre des lettres qu'ils s'adressaient tous les trois ou quatre jours, George Sand lui envoyait ses Lettres d'un Voyageur: la première, le 29 avril; la deuxième, dans les premiers jours de juin (par l'entremise de Buloz); puis, le 17 juin, «la seconde moitié du second volume de Jacques», avec mission de la lire et d'y faire les coupures qu'il jugerait nécessaires [18]. C'est Musset qui s'occupait à Paris des affaires de George Sand, restée à Venise, voyait ses fournisseurs, s'entendait pour elle avec Buloz et lui faisait expédier par ses éditeurs les sommes dont ils lui étaient redevables.

D'autre part, il mandait ceci, dès le 30 avril, à son amie: «J'ai bien envie d'écrire notre histoire; il me semble que cela me guérirait et m'élèverait le cœur. Je voudrais te bâtir un autel, fût-ce avec mes os; mais j'attendrai la permission formelle.» Et, le 12 mai, George Sand lui répondait: «Il m'est impossible de parler de moi dans un livre, dans la disposition d'esprit où je suis; pour toi, fais ce que tu voudras, romans, sonnets, poèmes; parle de moi comme tu l'entendras, je me livre à toi les yeux bandés.» Ce projet, on le sait, est devenu la Confession d'un Enfant du siècle. On a donc eu tort de prétendre que George Sand avait imaginé Elle et Lui pour répliquer à cette confession [19]. Non seulement elle était prévenue des intentions d'Alfred de Musset, mais elle l'autorisait à écrire. Bien plus, la rupture définitive s'étant consommée dans les premiers jours de mars 1835, et la Revue des Deux Mondes publiant dès le 15 septembre le deuxième chapitre de la première partie de la Confession, celle-ci fut commencée probablement avant cette rupture.

Pagello, emporté dans le même tourbillon, écrivait des lettres, lui aussi; mais il n'osait s'adresser directement à Musset, il s'adressait à son ami Tattet. Voici la première de ces lettres que nous avons retrouvées:

«7 giagno 1834, Venezia.