PARIS
IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE CENTRALES DES CHEMINS DE FER
IMPRIMERIE CHAIX
Rue Bergère, 20
1896
– NOTES ET DOCUMENTS INÉDITS –
La Véritable histoire de «Elle et Lui», récemment publiée par M. le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul [1], a rouvert de la façon la plus curieuse, entre Alfred de Musset et George Sand, un débat qui ne sera pas décidément clos, ni l'équitable jugement prononcé, avant la mise au plein jour des lettres échangées par ces amants illustres. La réputation du célèbre chercheur n'est plus à faire et nous nous garderons de dire le bien que nous en pensons. Nous ne voulons à notre tour que joindre au dossier commun quelques pièces authentiques. La «véritable histoire» de cette liaison, apparemment, ce n'est pas Elle et Lui, ce n'est pas davantage Lui et Elle;--et nous ne disons rien de Lui, qui fut l'œuvre d'une personne étrangère au débat et l'exercice de rancunes particulières:--on ne saurait préparer avec trop de soin le difficile triomphe de la vérité.
Mais, d'abord, adressons l'hommage de notre plus respectueuse gratitude à madame Lardin de Musset, la sœur du poète: elle a mis à notre disposition tous les documents qu'elle possède. Il nous faut remercier aussi M. Alexandre Tattet, qui nous a communiqué les lettres adressées à son frère.
*
* *
Alfred de Musset et George Sand se virent, pour la première fois, au mois d'avril ou de mai 1833. Écrivant l'un et l'autre à la Revue des Deux Mondes, ils avaient naturellement l'occasion de se rencontrer; des amis communs, Sainte-Beuve surtout, firent le reste. Relations de courtoisie littéraire, d'abord: Alfred de Musset envoyait des vers à George Sand, Après la lecture d'Indiana, datés du 24 juin 1833 [2]; puis, des fragments de son poème Rolla, qu'il écrivait en ce moment. Peu à peu, leur intimité devient plus grande, et George Sand adresse à Musset un exemplaire de Lelia portant ces dédicaces:
--Tome I--: «À monsieur mon gamin d'Alfred, GEORGE.»
--Tome II--: «À monsieur le vicomte Alfred de Musset, hommage respectueux de son dévoué serviteur, GEORGE SAND.»
Dans une pièce de vers demeurée inédite, Alfred décrit familièrement les soirées intimes de son amie: