La même année ou l'année suivante, Musset impose silence à Alfred Tattet, qui avait raconté divers incidents du voyage à Venise:

«J'apprends, mon cher Alfred, que vous avez manqué plusieurs fois à la parole que vous m'aviez donnée de garder le silence sur tout ce qui s'est passé en Italie. Cela m'a fait beaucoup de peine, d'abord pour vous, qui manquez ainsi à votre promesse, et ensuite pour moi, qui ai cru, pendant plus de quatre ans, avoir un véritable ami.

»T. à v.

»ALFd DE MUSSET.»

M. de Spoelberch de Lovenjoul, dans son récent travail, cite les lettres qu'«Elle» et «Lui» échangèrent en 1840 à propos de leur correspondance passée.

Dans les premiers jours de 1841, nouvelle rencontre des deux anciens amants, qui inspire à Alfred de Musset son Souvenir [28].

Au commencement de l'année 1844 Paul de Musset visite l'Italie et son frère lui rappelle l'ancien amour dans les stances qu'il lui dédie [29].

En 1854, George Sand, pour repousser les attaques de la Biographie de Mirecourt, adresse une lettre au journal le Mousquetaire [30]: «Je ne défendrai pas ici M. de Musset des offenses que vous lui faites. Il est de force à se défendre lui-même, et il ne s'agit que de moi pour le moment. C'est pourquoi je me borne à vous dire que je n'ai jamais confié à personne ce que vous croyez savoir de sa conduite à mon égard et que, par conséquent, vous avez été induit en erreur par quelqu'un qui a inventé ces faits. Vous dites qu'après le voyage en Italie, je n'ai jamais revu M. de Musset. Vous vous trompez, je l'ai beaucoup revu et je ne l'ai jamais revu sans lui serrer la main...»

Donc, malgré toutes ces bonnes relations d'amitié, vingt mois après la mort d'Alfred de Musset, Elle et Lui parut, d'abord dans la Revue des Deux Mondes, puis en volume. Grand tapage au profit de Buloz, mais scandale énorme et qui retomba sur l'auteur. Quelques amis de George Sand, qui détestaient Alfred de Musset et avaient toujours essayé de lui nuire, furent seuls à approuver, avec les ennemis personnels du poète; le blâme fut général et il suffit de lire les journaux de l'époque pour s'en assurer.

Paul de Musset prit, comme il le devait, la défense d'Alfred. Sans rien dire à personne, il envoya Lui et Elle au Magasin de Librairie, dirigé par Charpentier, l'éditeur de son frère [31]; ce fut par cette revue que madame de Musset mère apprit l'existence d'une réponse: