Dans la même séance, l'Assemblée adopte un autre décret en vertu duquel un crédit de 200.000 francs est ouvert au Ministre de l'Intérieur pour encouragement aux Beaux-Arts, et un crédit de 100.000 francs au Ministre de l'Instruction Publique pour encouragement aux Belles-Lettres[102].
La commission du Ministère de l'Instruction publique (M. de Vaulabelle, ministre), se composait de MM. Albert de Luynes, Charles de Rémusat, Hauréau, Littré, L. Dupaty, Prosper Mérimée et P. Génin.
Le 14 septembre 1848, Alfred de Musset écrivait à sa mère, en ce moment chez sa fille à Angers:
«.....Le ministre de l'intérieur vient de réparer, un peu et jusqu'à un certain point, de la manière la plus aimable, la sottise de l'Académie. Les auteurs dramatiques, joués depuis février, étaient compris dans les fonds d'indemnité donnés aux théâtres. Cela n'a rien que de fort honorable. Il était reconnu que les théâtres avaient moins gagné à cause de la Révolution. Par conséquent, les auteurs devaient y avoir perdu. On a donc envoyé à chacun une petite somme; mon nom a été mis en tête pour mille francs. Ce n'est pas le Pérou, mais enfin, les pauvres gens, tu sais de quoi ils vivent, et les autres n'ont guère eu que moitié! Le Directeur des Beaux-Arts m'a annoncé cela avec les compliments les plus flatteurs de la part du Ministre. Tu penses bien que cette fois, j'ai accepté: non, ce n'est point comme à l'Académie! Qui pourrait en être vexé?.....
«Ton fils qui t'aime.
«Alfred de Musset.»
Ce fut donc cette unique somme de mille francs qui fut remise à Alfred de Musset, pour l'indemniser de sa destitution par M. Ledru-Rollin. L'Académie Française répara sa maladresse un peu plus tard, en admettant le poète au nombre de ses membres, le 12 février 1852 (la réception officielle n'eut lieu que le 27 mai). Mais la réparation ne fut complète que le 18 mars 1853, jour où le Moniteur Universel publia ces lignes:
«Par arrêté en date du 15 mars, Monsieur le Ministre de l'Instruction Publique et des Cultes a nommé monsieur Alfred de Musset, membre de l'Académie Française, bibliothécaire du Ministère de l'Instruction publique.»
Et ce fut le Ministre de l'Instruction publique lui-même, M. Hippolyte Fortoul, qui, dès 1834, avait été le collaborateur d'Alfred de Musset à la Revue des Deux-Mondes[103], et tenait le poète en haute estime, qui le voulut prévenir de sa nomination[104]:
«Paris, le 18 mars 1853.