De colère pieuse,
Gueroult tout palpitant
Se plaint d'une dent creuse
Et des vices du temps.
Pâle et mélancolique
D'un air mystérieux
Papet[14] pris de colique
Demande où sont les lieux.
Débraillé ou non, Musset dessine sur un album la charge des habitués de la maison, Rollinat, Gueroult, Mérimée, Dumas «charpentant un viol», Sainte-Beuve, qu'il appelle le «bedeau du temple de Gnide», Buloz, et, après beaucoup d'autres, lui-même, en «ballade à la lune», en «Don Juan allant emprunter dix sous», en «poète chevelu»[15], et, pour se faire pardonner ses caricatures, essaye un portrait plus sérieux de Lelia:
«Mon cher George,
«Vos beaux yeux noirs que j'ai outragés hier m'ont trotté dans la tête ce matin. Je vous envoyé cette ébauche, toute laide qu'elle est, par curiosité, pour voir si vos amis la reconnaîtront et si vous la reconnaîtrez vous-même.
«Good night.—I am gloomy to-day.
«Alfd de Musset.»
A la fin du mois d'août, ils sont amants[16]. Leur vie, durant cette période, est semblable à celle des peuples heureux et n'a pas d'histoire. Il suffit, à la rigueur, de lire ce qui est publié de la correspondance de George Sand et de Sainte-Beuve, dans le tome I des Portraits contemporains, édition de 1888, et ce que Paul de Musset raconte dans la Biographie de son frère. On devine le reste. On nous permettra de ne pas les suivre avant leur voyage en Italie.
I