Vu à Genève, le 5 avril 1834. Bon pour Paris.
Vu à Bellegarde, le 6 avril 1834.
Il était accompagné par une sorte de domestique, nommé Antonio, que George Sand avait chargé de veiller sur son maître pendant le voyage et qui devait la tenir au courant des incidents de la route. Elle-même reconduisit Musset jusqu'à Mestre, dit-elle dans son Histoire de ma vie,—jusqu'à Vicence, d'après une lettre d'elle à Boucoiran[36].
Il lui écrivit de Padoue et de Genève:
«Monsieur Pagello, Dr médecin
Pharmacie Ancilla, C. Sn Luca
Pour remettre à Madame Sand. Venise.
[Genève], vendredi, 4 avril [1834].
«Mon George chéri, je suis à Genève. Je suis parti de Milan sans avoir trouvé de lettre de toi à la poste. Peut-être m'avais-tu écrit; mais j'avais retenu mes places tout de suite en arrivant, et le hasard a voulu que le courrier de Venise, qui arrive toujours deux heures avant le départ de la diligence de Genève, s'est trouvé en retard cette fois. Je t'en prie, si tu m'as écrit à Milan, écris au directeur de la poste de me faire passer ta lettre à Paris. Je la veux, n'eût-elle que deux lignes. Écris-moi à Paris..... Quand tu passeras le Simplon pense à moi, George. C'était la première fois que les spectacles éternels des Alpes se levaient devant moi dans leur force et dans leur calme. J'étais seul dans le cabriolet; je ne sais comment rendre ce que j'ai éprouvé: il me semblait que ces géants me parlaient de toutes les grandeurs sorties de la main de Dieu: «Je ne suis qu'un enfant, me suis-je écrié, mais j'ai deux grands amis, et ils sont heureux!....»
Elle, de son côté, lui adressa une lettre à Milan.
Je ne parlerai pas de l'existence à Venise de George Sand et de Pagello, après le départ d'Alfred de Musset. La publication, par M. le Dr Cabanès, dans la Revue Hebdomadaire des 1er août et 15 octobre 1896, de longs fragments du journal intime de P. Pagello et autres documents; les révélations de M. R. Barbiera dans l'Illustrazione Italiana, de Milan, des 15, 22 et 29 novembre 1896, joints au livre de Mme L. Codemo, que nous citons ci-dessus, permettent de retrouver, presque jour par jour, les détails de leur vie privée. Suivons donc le poète dans son voyage.