Le brusque retour du poète sans sa compagne avait prêté à des récits fort éloignés de la vérité: ne sachant rien, on inventait. Les premières semaines, confiné dans sa solitude volontaire, Musset ignora ce qui se disait; mais dès sa rentrée dans le monde, ces méchants propos parvinrent à ses oreilles. Ce fut Buloz qui, sans le savoir, éveilla ses soupçons. Alfred de Musset donna le démenti le plus formel à tous ces mensonges et défendit énergiquement George Sand. Mais les insinuations malveillantes de Gustave Planche avaient fait leur chemin; malgré ses efforts, Musset ne put imposer silence aux calomniateurs. De leur côté, les amis de George Sand avaient jasé à tort et à travers, et quand on sut qu'elle allait revenir avec le troisième complice, ce fut un véritable scandale.

Le 15 juin, Pagello avait écrit directement à Alfred de Musset. Sa lettre, dont Mme A. Barine avait publié un fragment[42], a été citée en entier par M. le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul[43]. Le 11 juillet, Alfred de Musset lui répondait:

«Al mio caro P. Pagello,

«Mon cher, vous êtes bien gentil de m'avoir un peu écrit; je dis un peu, car ce n'est guère; mais si petit que soit le morceau de papier qui me parle de votre amitié, en quel moment de ma vie ne sera-t-il pas bien reçu? Il n'en est peut-être pas de même de vos recommandations sur le vin de champagne, et je n'ose avouer au grand salviatico Pietro, combien était fondé le juste remords qui m'a saisi à cet article de votre lettre. Mais je vous promets que jamais, jamais, je ne boirai plus de cette maudite boisson—sans me faire les plus grands reproches.

«George me mande que vous hésitez à venir ici avec elle; il faut venir, mon ami, ou ne pas la laisser partir. Trois cents lieues sont trop longues pour une femme seule.....

«Alfd de Mt»

Un mois plus tard, le 19 juillet 1834, George Sand écrivant à Boucoiran, pour lui annoncer son retour, lui disait:

«.....J'en ai fini avec les passions; la dernière est celle qui m'a fait le plus de mal, mais c'est la seule dont je ne me repente pas, car il n'y a eu dans mes chagrins ni de ma faute ni de celle d'autrui. Vous dites que vous ne l'approuviez pas, mon ami! Il y a des choses entre deux amants dont eux seuls au monde peuvent être juges!....»

Elle ne prévoyait pas alors les orages futurs.

IV