«De l'enquête très sérieuse à laquelle nous nous sommes livrés, il résulte que ces plans existent. Les frères Varin les ont eus entre les mains. Comment? Nous n'avons encore pu l'établir, de même que nous ne savons pas pourquoi ils n'ont pas essayé plus tôt de les vendre. Craignaient-ils qu'on ne leur demandât comment ils les avaient en leur possession? En tout cas cette crainte n'a pas persisté, et nous pouvons en toute certitude affirmer ceci: les plans de Louis Lacombe sont la propriété d'une puissance étrangère, et nous sommes en mesure de publier la correspondance échangée à ce propos entre les frères Varin et le représentant de cette puissance. Actuellement le Sept-de-cœur imaginé par Louis Lacombe est réalisé par nos voisins.
«La réalité répondra-t-elle aux prévisions optimistes de ceux qui ont été mêlés à cette trahison? Nous avons, pour espérer le contraire, des raisons que l'événement, nous voudrions le croire, ne trompera point.»
Et un post-scriptum ajoutait:
«Dernière heure.—Nous espérions à juste titre. Nos informations particulières nous permettent d'annoncer que les essais du Sept-de-cœur n'ont pas été satisfaisants. Il est assez probable qu'aux plans livrés par les frères Varin, il manquait le dernier document apporté par Louis Lacombe à M. Andermatt le soir de sa disparition, document indispensable à la compréhension totale du projet, sorte de résumé où l'on retrouve les conclusions définitives, les évaluations et les mesures contenues dans les autres papiers. Sans ce document les plans sont imparfaits; de même que, sans les plans, le document est inutile.
«Donc il est encore temps d'agir et de reprendre ce qui nous appartient. Pour cette besogne fort difficile, nous comptons beaucoup sur l'assistance de M. Andermatt. Il aura à cœur d'expliquer la conduite inexplicable qu'il a tenue depuis le début. Il dira non seulement pourquoi il n'a pas raconté ce qu'il savait au moment du suicide d'Étienne Varin, mais aussi pourquoi il n'a jamais révélé la disparition des papiers dont il avait connaissance. Il dira pourquoi, depuis six ans, il fait surveiller les frères Varin par des agents à sa solde.
«Nous attendons de lui, non point des paroles, mais des actes. Sinon...»
La menace était brutale. Mais en quoi consistait-elle? Quel moyen d'intimidation Salvator, l'auteur... anonyme de l'article, possédait-il sur M. Andermatt?
Une nuée de reporters assaillit le banquier, et dix interviews exprimèrent le dédain avec lequel il répondit à cette mise en demeure. Sur quoi, le correspondant de l'Écho de France riposta par ces trois lignes:
«Que M. Andermatt le veuille ou non, il est dès à présent notre collaborateur dans l'œuvre que nous entreprenons.»
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