Devant la porte, tout à fait remis, il se confondit en remerciements.

—Je vous dois la vie, Monsieur, veuillez croire que je ne l'oublierai point. Je ne veux pas effrayer ma femme en ce moment, mais je tiens à ce qu'elle vous exprime elle-même, dès aujourd'hui, toute ma reconnaissance.

Il le pria de venir déjeuner et lui dit son nom: Ludovic Imbert, ajoutant:

—Puis-je savoir à qui j'ai l'honneur...

—Mais certainement, fit l'autre.

Et il se présenta:

—Arsène Lupin.

* * *

Arsène Lupin n'avait pas alors cette célébrité que lui ont value l'affaire Cahorn, son évasion de la Santé, et tant d'autres exploits retentissants. Il ne s'appelait même pas Arsène Lupin. Ce nom auquel l'avenir réservait un tel lustre fut spécialement imaginé pour désigner le sauveur de M. Imbert, et l'on peut dire que c'est dans cette affaire qu'il reçut le baptême du feu. Prêt au combat il est vrai, armé de toutes pièces, mais sans ressources, sans l'autorité que donne le succès, Arsène Lupin n'était qu'apprenti dans une profession où il devait bientôt passer maître.

Aussi quel frisson de joie à son réveil, quand il se rappela l'invitation de la nuit! Enfin il touchait au but! Enfin il entreprenait une œuvre digne de ses forces et de son talent! Les millions des Imbert, quelle proie magnifique pour un appétit comme le sien!