—Nous sommes donc en présence d'une substitution qui se serait effectuée il y a deux mois. Comment l'expliquez-vous?
—C'est impossible.
—Alors?
En désespoir de cause, le président se tourna vers l'accusé et, d'une voix engageante:
—Voyons, accusé, pourriez-vous m'expliquer comment et depuis quand vous êtes entre les mains de la justice?
On eût dit que ce ton bienveillant désarmait la méfiance ou stimulait l'entendement de l'homme. Il essaya de répondre. Enfin, habilement et doucement interrogé, il réussit à rassembler quelques phrases, d'où il ressortait ceci: deux mois auparavant, il avait été amené au Dépôt. Il y avait passé une nuit et une matinée. Possesseur d'une somme de soixante-quinze centimes, il avait été relâché. Mais, comme il traversait la cour, deux gardes le prenaient par le bras et le conduisaient jusqu'à la voiture pénitentiaire. Depuis, il vivait dans la cellule 24, pas malheureux... on y mange bien... on n'y dort pas mal... Aussi n'avait-il pas protesté...
Tout cela paraissait vraisemblable. Au milieu des rires et d'une grande effervescence, le président renvoya l'affaire à une autre session pour supplément d'enquête.
* * *
L'enquête, tout de suite, établit ce fait consigné sur le registre d'écrou: huit semaines auparavant, un nommé Baudru Désiré avait couché au Dépôt. Libéré le lendemain, il quittait le Dépôt à deux heures de l'après-midi. Or, ce jour-là, à deux heures, interrogé pour la dernière fois, Arsène Lupin sortait de l'instruction et repartait en voiture pénitentiaire.
Les gardiens avaient-ils commis une erreur? Trompés par la ressemblance, avaient-ils eux-mêmes, dans une minute d'inattention, substitué cet homme à leur prisonnier? Il eût fallut vraiment qu'ils y missent une complaisance que leurs états de service ne permettaient pas de supposer.