Le wagon qui devait servir aux constatations de la justice fut détaché. Le train continua vers le Havre. On nous conduisit vers le bureau du chef de gare, à travers la foule des curieux qui encombrait le quai.
À ce moment, j'eus une hésitation. Sous un prétexte quelconque, je pouvais m'éloigner, retrouver mon automobile et filer. Attendre était dangereux. Qu'un incident se produisît, qu'une dépêche survînt de Paris, et j'étais perdu.
Oui, mais mon voleur? Abandonné à mes propres ressources, dans une région qui ne m'était pas très familière, je ne devais pas espérer le rejoindre.
—Bah! tentons le coup, me dis-je, et restons. La partie est difficile à gagner, mais si amusante à jouer! Et l'enjeu en vaut la peine.
Et, comme on nous priait de renouveler provisoirement nos dépositions, je m'écriai:
—Monsieur le commissaire, actuellement Arsène Lupin prend de l'avance. Mon automobile m'attend dans la cour. Si vous voulez me faire le plaisir d'y monter, nous essaierions...
Le commissaire sourit d'un air fin:
—L'idée n'est pas mauvaise... si peu mauvaise même, qu'elle est en voie d'exécution.
—Ah!
—Oui, monsieur, deux de mes agents sont partis à bicyclette... depuis un certain temps déjà.