L'audition des témoins était terminée. Il y eut une suspension d'audience de quelques minutes, puis la parole fut donnée au Ministère public.

Coche, un peu rassuré par la déclaration si nette de l'horloger, écouta le réquisitoire sans émotion apparente, et pourtant, il était terrible pour lui dans sa simplicité un peu sèche, presque mathématique.

La salle, déjà favorablement impressionnée par l'interrogatoire et les différents témoignages, fit entendre à deux ou trois reprises des murmures d'approbation, et il y eut d'assez nombreux applaudissements, vite réprimés, lorsque le Procureur termina en demandant pour le journaliste, qui n'avait ni l'excuse de la misère, ni celle de la colère, la peine capitale.

Coche frissonna, enfonça un peu ses ongles dans ses mains, mais sembla impassible. Il pensait surtout, il pensait seulement:

«Il faut que je parle, je veux parler! Je parlerai».

Et à voix basse il répétait:

«Je veux, je veux, je veux!…»

Pendant tout le temps que dura la plaidoirie de son avocat, les yeux fixes, les poings serrés, l'oreille et la pensée absentes, il répétait: «Je veux parler, je le veux, je le veux!» L'avocat se rassit au milieu d'un effrayant silence. Par pure courtoisie, Coche se pencha vers lui et le remercia. Mais il n'avait rien entendu de sa défense, défense pitoyable à la vérité mais impossible.

Les débats allaient être clos. Le Président se tourna vers l'accusé et lui dit:

— Avez-vous quelque chose à ajouter pour votre défense?