Chose étrange, cette réponse le calma presque. La pire torture de son existence était le doute. Il n'osait se préparer à mourir, craignant d'attirer la mauvaise chance sur lui. Maintenant, c'était fini, il se considérait comme mort et s'imaginait qu'ainsi prévenu il saurait mieux résister à l'épouvante du réveil. Pourtant à mesure que la date fatale approchait, ses nuits se peuplaient de cauchemars. Il se dressait sur son lit au moindre bruit, collait l'oreille au mur, essayant de deviner ce qui se passait dans la rue, sur la place. Et quand le jour était venu, quand il était sûr que ce n'était pas pour ce matin, il s'endormait d'un sommeil coupé de soupirs et de sanglots…

Vers la fin de la quarante-troisième nuit, il crut percevoir une vague rumeur, des bruits de maillet frappant le bois, des pas assourdis. Il se mit à claquer des dents, n'osant plus écouter, redoutant d'entendre, les yeux rivés à la porte de sa cellule, attendant la seconde effroyable où elle s'ouvrirait, livrant passage au bourreau! Et la porte s'ouvrit.

Il regarda d'un oeil hébété les hommes qui l'entouraient et se leva sans dire un mot, sans faire un geste. On lui demanda:

— Voulez-vous entendre la Messe?

Il fit oui d'un signe machinal. Pendant l'office, il regarda obstinément le sillon qui séparait deux dalles, songeant que le couteau ne ferait pas sur son cou une marque plus large… Il s'étonnait seulement, avec le reste de pensée qui flottait dans son esprit, de vivre encore. Ensuite ce fut la toilette, mais déjà il avait perdu la notion des choses; à peine frémit-il quand les ciseaux frôlèrent sa nuque et qu'on lui passa des cordes aux mains et des entraves aux pieds. On lui offrit une cigarette, du cognac… il refusa… Et soudain, l'horizon qui, depuis près de cinq mois s'était arrêté pour lui aux murs de sa cellule, s'élargit; une fraîcheur coula sur ses épaules, un effroyable silence envahit ses oreilles, un silence si profond, si formidable, que son coeur y battait comme une cloche. Son rêve d'une nuit s'était réalisé… Au-dessus des épaules du prêtre, il vit la guillotine… Le jour venait très doucement.

Derrière les maisons, une traînée laiteuse et rosé moirait le ciel. Ses yeux ouverts, pour la dernière fois regardaient, regardaient… Il fit un pas, buta dans ses liens, soutenu par les aides. Le prêtre bégaya:

— Le Bon Dieu vous pardonnera…

Le Procureur lui dit, d'une voix qui tremblait:

— Vous n'avez plus un aveu, plus une révélation à faire?

Rassemblant tout ce qui lui restait de force, il ouvrit la bouche pour crier: