Coche entendit claquer les crochets, résonner la sonnette avertissant que la communication était finie… Un petit bruit de friture… puis, plus rien.
Pourtant il restait là, l'oreille tendue, attendant, espérant, redoutant, il ne savait quoi, cloué sur place par une émotion intense. Il ne reprit la notion exacte des choses qu'au bout de deux ou trois minutes. Alors, percevant ce bourdonnement confus, pareil à celui qui résonne avec un bruit de flot, dans les larges coquilles marines, il comprit que la conversation était finie, et qu'il n'avait plus rien à faire là. La main sur le bouton de la porte, il hésita.
«S'il y avait quelqu'un derrière, si une main venait s'abattre sur lui?»
Le souvenir de son innocence n'effleurait même plus sa pensée. Une seule chose y demeurait: son arrestation probable, certaine!…
À bien y réfléchir, il pouvait, au risque de passer pour un fantoche, avouer la vérité. Tout au plus, risquait-il quelques jours de prison avec sursis, ou simplement une admonestation un peu sévère et humiliante… Mais, cela même, il ne le pouvait plus. Il était hypnotisé, fasciné, par cette idée fixe: je vais être arrêté.
Et cette pensée, qui l'effrayait cependant, l'attirait, l'amenait à elle avec une puissance obscure et formidable, effrayante, comme le gouffre sur qui se penche le voyageur, tentatrice comme l'appel voluptueux des sirènes qui, la nuit, dans les détroits sonores, entraînaient les marins vers l'abîme.
Il sortit enfin. Personne ne fit attention à lui. Seul, l'employé, derrière son guichet, lui dit:
— Il y a deux communications.
— Ah! bien, fit Coche.
Et il donna un second ticket sans faire observer qu'il n'avait pas causé un seul instant. Au moment de gagner la rue, il eut une courte hésitation: