— Ouvrez! c'est la police.

Ce mot le fit sourire. D'où lui était venue cette idée d'annoncer qu'il était «La Police»?… Onésime Coche policier! Onésime Coche, sans cesse occupé à collectionner les maladresses de la Préfecture, à railler ses agents, amené à s'affubler de leur titre, voilà qui était drôle! La police (et du coup il se mit à rire franchement) ne pensait guère à lui, ni aux cambrioleurs! À cette heure, de loin en loin, deux sergents de ville somnolents se promenaient dans les carrefours paisibles, le capuchon levé, les mains aux poches. Dans les postes, auprès du poêle qui ronflait, parmi l'odeur des pipes, du plâtre chauffé, du drap mouillé et du cuir, des agents, à cheval sur un banc de bois, jouaient à la manille avec des cartes grasses et si rugueuses que le papier se roulait sous le doigt, attendant pour le passer à tabac, le pochard attardé ou le laitier surpris en train de baptiser sa marchandise: La Police? C'était ça. Onésime Coche, lui, était ce qu'elle devrait être: le gardien vigilant et fidèle, adroit et résolu, capable de veiller sur la sécurité des habitants. Quel parallèle! Quelle leçon et quels enseignements!… Il voyait déjà l'article qu'il écrirait le lendemain, et se réjouissait en songeant à la tête des agents de la Sûreté. Lui, simple journaliste, allait leur apprendre leur métier! L'article aurait un titre sensationnel, un chapeau savant, des sous-titres imprévus… Quel papier!…

Mais ce mot magique «La Police» demeura sans écho comme les autres. Pas un murmure ne troubla la majesté du silence. Coche pensa que son truc ne valait rien, que le danger demeurait pareil. Une chose cependant le rassura. Ses yeux habitués à l'obscurité distinguaient peu à peu les objets. À quelques pas de lui, il aperçut une vague lueur. En déplaçant la tête, il remarqua que cette lueur éclairait un peu le plancher. Il avança et se trouva devant une fenêtre. Un rayon de lune glissait entre les volets clos. Par les fentes des persiennes il vit une petite bande du jardin, et, une autre bande un peu plus sombre qui devait être le boulevard. Il ne s'attarda point à goûter le charme du clair de lune et du ciel piqué d'étoiles. Rien ne convenait moins à sa nature violente, à son tempérament de combat, que le silence, les gestes lents et les précautions sans fin. Tour à tour il avait été patient, sournois, timide, presque poltron… Mais tout a une fin: il était entré dans cette maison pour savoir: il saurait.

Il fit donc demi-tour, plaqua sa main sur la muraille, et ayant rencontré sous ses doigts une porte, en saisit le bouton, le tira à lui, afin qu'on ne pût l'ouvrir sans effort de l'intérieur et cria, plutôt qu'il ne dit:

— Pour Dieu! n'ayez pas peur et ne tirez pas!

Il compta jusqu'à trois et ne recevant pas de réponse, ouvrit violemment. Il s'attendait à éprouver de la résistance: au contraire, emporté par son élan il tomba la face en avant, et se heurta le front. Dans le geste qu'il fit pour se retenir, il accrocha une chaise qui bascula sur le plancher avec un grand bruit.

— Cette fois, se dit-il, avec un vacarme pareil, on va m'entendre, enfin!…

Mais, quand le fracas du meuble renversé eut cessé de rebondir dans la maison, pas une voix ne s'éleva, pas un murmure ne traversa la nuit, pas un souffle ne le fit tressaillir.

— Allons, pensa-t-il, les cambrioleurs étaient plus forts que moi. La cage était vide, et ils le savaient, les bougres! Ils ont travaillé tout à leur aise, et n'ont même pas éprouvé le besoin, ouvriers méthodiques, de refermer les portes derrière eux. Voilà pourquoi je suis entré si aisément.

Un commutateur électrique se trouvait sous ses doigts: il le tourna. Une lumière flamba, éclairant une pièce assez vaste, et quand ses yeux, une seconde surpris et clignotants, purent regarder, ce fut pour voir un spectacle à la fois si imprévu et si horrible qu'il sentit ses cheveux se dresser sur sa tête, et qu'il étouffa mal un hurlement d'épouvanté.