Dans le premier moment de douleur, il vous vient parfois des idées extraordinaires… Croirais-tu que je l'ai photographiée sur son lit de mort! Dans cette pauvre chambre d'où son âme venait de partir, j'ai installé mon appareil, j'ai allumé du magnésium; enfin, à cette effroyable minute, j'ai fait avec un soin et des précautions méticuleuses, des choses qui me révoltent aujourd'hui… Malgré tout, quand j'y pense, je me dis qu'elle est là, que je pourrais la voir telle que je la vis pour la dernière fois!
—Et, où as-tu ce portrait? demandai-je.
Il s'avança un peu, et me répondit à mi-voix:
—Je ne l'ai pas, ou plutôt, si… je l'ai… J'ai le cliché. Mais je ne me suis jamais senti le courage de le développer… Il est resté dans l'appareil… j'ai peur d'y toucher… Et pourtant! comme je voudrais, comme je voudrais!…
Il posa sa main sur mon bras:
—Ecoute: ce soir… ta présence… d'avoir parlé d'elle… je me sens mieux… je me sens fort… Veux-tu, viens avec moi dans mon laboratoire… Nous allons développer ce cliché?…
Il interrogeait mon visage d'un regard anxieux d'enfant qui tremble qu'on lui refuse le jouet souhaité.
—Soit, lui dis-je.
Il se leva vivement.
—Oui… avec toi, ce ne sera pas la même chose… avec toi, je serai plus calme… et cela me fera du bien… beaucoup de bien… tu verras…