—L'horloge!… L'horloge!…

Moi, venu en justicier, je restais effaré, entre ce pendu et cette folle qui geignait sans répit: «L'horloge… L'horloge!…» Je demeurais stupide devant cet inexplicable dénouement. Fallait-il croire que l'homme eût été assez lâche pour se suicider, n'osant affronter ma vengeance, et laisser sa complice seule en face de moi?…

… La lueur sale de l'aube naissante glissait doucement dans la pièce.
Brusquement, ma femme poussa un cri en étendant les bras:

—Là! Là!…

Mon regard, machinalement, suivit son geste, et, devant moi je ne vis rien que l'horloge.

D'abord, je ne compris pas; puis, une chose d'apparence très simple me frappa: l'horloge battait. Dans la haute gaine, son tic-tac résonnait comme un coeur dans une poitrine. Son large cadran faisait tache dans le coin d'ombre; on y pouvait lire les chiffres…

Mais ce cadran n'avait pas d'aiguilles!…

Et soudain, la vérité se fit jour en moi, l'effroyable agonie des deux misérables m'apparut. Je la suivis, je la vécus avec eux par la pensée, et, aujourd'hui, je peux, d'une façon certaine, expliquer comment les choses se passèrent. Je leur avais dit: «Quand il sera quatre heures à cette horloge, je vous tuerai.» La porte fermée, ils avaient essayé de fuir; mais quand ils s'étaient rendu compte que c'était impossible, que tous leurs efforts seraient vains, dans leur cerveau vidé par la peur, ils n'avaient plus entendu que ce tic-tac dont chaque note tirait une goutte de leur sang. Ensuite, perdant la tête, par ce reste d'instinct qui fait que le condamné se cramponne à l'existence au pied même de l'échafaud, ils avaient voulu se rendre compte de ce qui leur restait à vivre et s'étaient rués vers l'horloge… Mais, l'horloge sans aiguilles, l'horloge qui savait le temps, le martelait de son va-et-vient implacable, ne voulait plus dire son secret: elle l'avait dans le ventre, et le gardait bien!… Et ils eurent beau épier son souffle, compter ses battements, ils entendirent sa chanson lugubre, et ne la comprirent pas.

Alors, les secondes devinrent pour eux des heures, des nuits, des siècles! Chaque bruit était peut-être le dernier?… Autant de fois le balancier buta, autant de fois ils eurent l'angoisse du massacre. A chaque oscillation, ils crurent voir cette porte s'ouvrir… Ils moururent ainsi cent fois, mille fois, déchiquetés, par bribes!… Ah! je n'avais pas prévu ce supplice-là, ce supplice grand comme le Destin qui leur étreignit lentement, d'une main pesante, impitoyable, le coeur, la peau, la raison.

Les hommes ne savent pas punir comme cela, monsieur, et dans cette minute, j'ai béni le ciel.