Alors, l'instinct craintif, à la fois, et méchant de l'homme s'éveilla, et, d'un coup de talon, il voulut l'écraser. Son pied heurta la bête flasque. Il crut l'avoir tuée. Mais le crapaud, mutilé sans être mort, se remit à pousser son cri. L'homme le poursuivit, tapant le sol de ses mains ouvertes.
A son dégoût insurmontable se mêlait un obscur remords de bourreau. Il voulait tuer la bête, non plus seulement pour ne plus risquer de la frôler, mais encore pour étouffer sa plainte. Peine inutile. Le cri partait, d'ici… de là… et chaque fois que ses doigts croyaient atteindre la bête douloureuse, ils ne rencontraient que la dalle glacée ou le mur rêche.
Épuisé, les genoux tuméfiés et les paumes sanglantes, il s'étendit sur sa couchette, et s'endormit.
Dès qu'il fut éveillé, il songea:
—La bête doit être morte.
Il prêta l'oreille. Pendant un moment, il n'entendit que la plainte lointaine du vent. Il respira plus largement, soulagé. Il se leva, et, toujours tâtonnant, gagna la porte. Depuis longtemps, à l'aide d'un vieux bout de fer oublié dans un coin, il essayait d'en user les gonds. Il reprit son patient travail, raclant sans bruit.
Soudain, le cri du crapaud s'éleva:
—Ah! bête immonde, gronda le prisonnier, je te ferai bien taire! Il recommença sa chasse, mais en vain. Lorsqu'il croyait tenir la bête, elle glissait entre ses doigts.
Cela dura des jours et des jours. S'il ne travaillait pas à déchirer sa porte, il rampait pour atteindre l'invisible crapaud. L'appel de la bête blessée résonnait à intervalles réguliers. Et le captif, exaspéré, suant de peur, sentait par moments sa raison se troubler. Ah! quelle volupté c'eût été d'écraser le monstre, de le voir éclater sous sa botte!…
Presque dément, il l'insultait, le provoquait: