Ce n’est évidemment qu’une hypothèse dont on ne peut étayer quelques côtés que sur certains phénomènes électriques et magnétiques, et sur les propriétés des corps radio-actifs, mais dont l’ensemble est naturellement invérifiable. Seulement, il est curieux de constater une fois de plus que cette hypothèse, la plus grandiose, la plus hardie, et aussi la plus ancienne, la première de toutes, est peut-être la seule à laquelle la science puisse se rallier sans déroger. Ici encore, ne sommes-nous pas en droit de nous demander s’ils n’ont pas vu plus juste et plus loin que nous, et si nous sommes capables d’imaginer une cosmogonie aussi vaste, aussi vraisemblable que la leur ?

XVII

Si de ces hauteurs nous redescendons à l’homme, nous retrouvons des intuitions ou des certitudes aussi remarquables. Sans nous aventurer dans la complexité de subdivisions du reste postérieures, qui nous entraînerait trop loin, bornons-nous à dire que dans tous les enseignements primitifs, qui concordent merveilleusement, l’homme se compose de trois parties essentielles : un corps physique périssable, un principe spirituel, ombre ou double astral, également périssable, mais beaucoup plus durable que le corps, et un principe immortel qui, après des évolutions plus ou moins longues, retourne à son origine qui est Dieu. Or, on peut constater que dans les phénomènes de l’hypnose, du magnétisme, du médiumnisme et du somnambulisme, dans tout ce qui touche à certaines facultés extraordinaires du subconscient qui semblent indépendantes du corps physique, de même que dans certaines manifestations d’outre-tombe qui ne sont plus guère niables, nos sciences métapsychiques sont en quelque sorte forcées d’admettre l’existence de ce double astral qui déborde de toutes parts l’entité physique, peut la quitter, s’en séparer, agir indépendamment et loin d’elle ; et probablement lui survivre, ce qui semble donner raison, une fois de plus, et sur un point extrêmement important, aux intuitions presque préhistoriques de nos ancêtres hindous et égyptiens.

XVIII

On pourrait, comme je l’ai trop souvent répété, multiplier ces exemples ; et chaque fois que notre science vient ainsi confirmer une de ces intuitions ou de ces traditions, il serait sage de jeter un regard plus confiant sur celles qui attendent encore cette confirmation. Plus il y aura de points sur lesquels il est démontré qu’elles ne se sont pas trompées, plus il y aura de chances pour qu’elles ne se soient pas trompées davantage sur ceux qui sont encore invérifiables. Souvent ce sont les plus importants et qui nous touchent le plus directement, le plus profondément. Ne tirons pas encore de conclusions trop générales ou trop hâtives ; mais que ces premières confirmations ou commencements de confirmations nous engagent à accorder un crédit provisoire et attentif aux autres hypothèses. Quand nous aurons définitivement réglé ces premiers points, nous ne serons pas au bout de nos peines ; mais nous nous trouverons beaucoup plus loin que nous n’étions, et c’est tout ce que nous sommes en droit d’exiger ou d’espérer de n’importe quel système religieux ou philosophique et même de n’importe quelle science ; sans compter que la moindre avance ici, qui est le centre de tout, a des conséquences incomparablement plus grandes qu’une avance sur le diamètre ou la circonférence ; car c’est de ce centre ou de ce moyeu que partent tous les rais de l’immense roue dont la science n’a guère étudié que la périphérie.

Il faut admettre une fois pour toutes, qu’on ne peut rien comprendre ni expliquer, sinon, on ne serait plus un homme mais un dieu ; ou plutôt le seul Dieu. Hors quelques constatations mathématiques et matérielles, dont au demeurant on ne pénètre pas l’essence, tout n’est qu’hypothèse. C’est donc uniquement sur des hypothèses que nous avons à régler notre vie, en ne comptant pas sur des certitudes qui probablement ne viendront jamais. Il importe donc de bien choisir nos hypothèses vitales, de ne prendre que les plus hautes, les meilleures et les plus plausibles ; et nous voyons que ce sont presque toujours les plus anciennes. Dans la hiérarchie des évolutions, nous ne connaîtrons jamais l’être central ou suprême, ni sa pensée dernière ; mais cela n’empêche pas que nous ne devions tâcher à savoir beaucoup plus que nous ne savons. Si nous ne pouvons tout connaître, ce n’est pas une raison pour nous résigner à ne connaître rien ; et si d’autres sciences que la science proprement ou improprement dite, peuvent nous aider, nous faire aller plus vite et plus loin, il est profitable de les interroger ou du moins de ne pas les rejeter d’avance et sans examen, comme on l’a fait trop souvent et trop légèrement jusqu’ici.

XIX

Parmi ces affirmations et ces enseignements incontrôlables, ne retenons que ceux qui nous intéressent le plus, notamment ceux qui ont trait à la conduite de notre vie, aux sanctions, aux responsabilités, aux récompenses et à la morale qui en découle, aux mystères de la mort, à l’existence d’outre-tombe et aux destinées finales de l’homme.

Jusqu’à présent, presque tous les enseignements qui portent sur ces points étaient, pour nous Européens, ésotériques et se cachaient dans les replis de la Kabbale et de la Gnose, héritières traquées, hagardes et obscures de la sagesse hindoue, égyptienne, persane et chaldéenne. Mais depuis la lecture des textes sanscrits, ils ne le sont plus, du moins dans leurs parties essentielles, car bien que, comme je l’ai déjà dit, nous soyons loin de connaître tous les livres sacrés de l’Inde et peut-être plus loin encore d’avoir saisi le sens secret des hiéroglyphes, il est néanmoins peu probable que de nouvelles révélations ou des éclaircissements plus complets soient de nature à bouleverser sérieusement ce que nous savons.

XX