Aujourd’hui, cela nous paraît si profondément impossible que nous avons peine à nous imaginer comment la réalité certaine de l’avenir réfuterait les objections que nous lui faisons au nom de l’illusion organique de notre esprit. Nous lui disons par exemple : si, au moment d’entreprendre une affaire, nous pouvions savoir que l’issue en sera malheureuse, nous ne l’entreprendrions pas ; et, dès lors, puisqu’il doit être écrit quelque part, dans le Temps, avant notre interrogation, que l’affaire n’aura pas lieu attendu que nous y renoncerons, nous ne saurions prévoir l’issue de ce qui n’aura pas eu de commencement, etc.

Pour ne pas nous égarer dans cette voie qui nous mènerait en des lieux où rien ne nous appelle, il nous suffira de nous dire que l’avenir, comme tout ce qui existe, est probablement plus cohérent et plus logique que la logique de notre imagination, et que toutes nos hésitations et nos incertitudes seront comprises dans ses prévisions. Du reste, soyons persuadés que la marche des événements ne dévierait guère si nous la connaissions d’avance. D’abord, ne sauraient l’avenir ou une partie de l’avenir, que ceux qui voudraient se donner la peine de l’apprendre ; comme ne savent le passé ou une partie de leur propre présent que ceux qui ont le courage et l’intelligence de l’interroger. Nous nous adapterions promptement aux leçons de cette science nouvelle, de même que nous nous sommes adaptés à celles de l’histoire. Nous ferions bientôt la part des maux auxquels nous nous pourrions dérober, et celle des maux inévitables. Les plus sages amoindriraient pour eux le total de ceux-ci, et les autres iraient au-devant d’eux comme ils vont maintenant au-devant de beaucoup de désastres certains et qu’il est facile de prédire. La somme de nos déboires serait un peu diminuée, mais moins que nous ne l’espérons ; car déjà notre raison sait prévoir une portion de notre avenir, sinon avec l’évidence matérielle que nous rêvons, du moins avec une certitude morale souvent satisfaisante ; et nous remarquons que la plupart des hommes ne tirent guère profit de ces prévisions si faciles. Ils négligeraient les conseils de l’avenir, comme ils entendent, sans les suivre, les avis du passé.

FIN

TABLE DES MATIÈRES

Pages.
La Justice[1]
L’Évolution du Mystère[103]
Le Règne de la Matière[171]
Le Passé[201]
La Chance[229]
L’Avenir[285]

Paris. — L. Maretheux, imprimeur, 1, rue Cassette. — 1505.