TYLTYL, l'embrassant.
Toi aussi, ma Roselle, tu es bien plus belle qu'autrefois, et que tes joues sont douces et sont fraîches ce soir!... Je n'avais pas encore osé t'embrasser jusqu'ici.... Quand d'autres t'embrassaient, je me disais toujours «comme ils doivent être heureux!»...
ROSELLE
Ça ne se compare pas, les autres ne comptent pas.... Mais je voyais bien que tu n'osais pas.... Je n'osais pas non plus, mais j'en mourrais d'envie.... Te rappelles-tu la première fois que tu vins à l'auberge, il y a six semaines?... C'était un dimanche matin, après la grand'messe; tu n'osais regarder personne; mais devant moi, tout à coup, tu as ouvert les yeux, comme en extase....
TYLTYL
Et toi aussi, tu as ouvert les tiens, comme s'ils allaient te manger le visage....
ROSELLE
Qu'est-ce qu'ils ont fait, nos yeux, qu'est-ce qui s'est passé?... Moi, depuis ce jour-là, je ne pense plus qu'à toi, je ne travaille plus, je suis toujours ici; mais toi, tu ne venais pas souvent....
Ici, descendant l'échelle du grenier, paraît une quatrième jeune fille dont les vêtements rustiques sont tout blancs de farine.
TYLTYL, se retournant.