Généreux avec les autres, nous sommes égoïstes avec notre maîtresse. Nous prodiguons notre gaîté à nos amis et n’avons pour elle qu’un accueil glacial, un visage préoccupé. Nous prenons l’habitude de ne plus lui faire part que de nos soucis et nous nous affligeons qu’elle nous entretienne des siens.
La mauvaise humeur amène la mauvaise humeur, une scène amène une scène.
Or, une scène est comme un acide rongeur de l’amour ; elle entraîne une usure définitive que rien ne pourra réparer.
L’amour est un arbre qui ne donne qu’une fois son feuillage et ses fleurs. Si on cueille les fleurs, si on émonde les branches, il ne restera qu’un tronc desséché qu’aucun printemps ne verdira plus.
Mais une force inexplicable nous pousse à frapper ce que nous chérissons. A peine avons-nous juré un amour éternel que nous voulons nous prouver à nous-même notre mensonge et notre folie. Par une incompréhensible contradiction nous tournons en dérision ce que nous avons loué. Nous détruisons l’édifice du bonheur et même quand nous pleurons de le voir détruit, nous travaillons encore à en achever la destruction.
LE DÉSIR
On n’a jamais les femmes.
Nous avons beau les serrer de toutes nos forces sur notre poitrine, elles nous échappent. On dirait qu’elles sont faites d’une substance légère qui n’est pas susceptible d’être possédée.
Dans la maison d’amour que nous avons bâtie et que nous estimons bien fermée, il y a toujours des portes dérobées par où les femmes sortent pour aller voir sans nous le soleil et les hommes.
Elles gardent toujours des relations, des amitiés que nous ignorons. Elles font des confidences — et quelles confidences intimes ! — avec plus d’ardeur et de sincérité, à leur amie, à leur bonne, à leur concierge, à un monsieur inconnu rencontré par hasard en chemin de fer, qu’à l’amant qui les aime.