Car cette grosse dame jouit d’un pouvoir terrible et discrétionnaire. Elle peut te faire crédit des vingt francs que tu lui donnes tous les quinze jours pour la chambre où tu vis ; elle peut au contraire empoisonner ton existence en te les réclamant âprement, elle peut t’obliger à t’enfuir de chez toi, le matin, avant qu’elle ne soit levée, pour ne rentrer que dans la nuit, quand elle dort.
Crains-la aussi parce que, sous le prétexte de faire ta chambre, elle compte ton linge, lit tes lettres, connaît ton existence aussi bien que toi.
Et pourtant, souviens-toi aussi que lorsque le grand poète Oscar Wilde mourut dans un misérable hôtel de la rue des Beaux-Arts, un seul homme l’avait veillé à sa dernière heure, un seul homme suivit son enterrement et cet homme, c’était son propriétaire.
Sur le cercueil de l’auteur de De Profundis il n’y avait qu’une couronne et sur cette couronne était écrit : « A mon locataire ! »
Qu’il soit beaucoup pardonné à la race persécutrice, avide du prix des chambres, en souvenir de celui qui apporta, au grand homme abandonné de tous, le présent d’une suprême amitié.
LA QUESTION D’ARGENT
L’argent ! Tel est le problème quotidien et inexorable qui se posera d’abord à toi.
Tu t’apercevras vite qu’à Paris, plus qu’ailleurs, les hommes sont divisés en deux catégories : ceux qui ont de l’argent et ceux qui n’en ont pas.
Dans l’œil de ton interlocuteur, tu liras cette question : « Comment vivez-vous ? De quelle somme disposez-vous par mois ? »
L’argent est en apparence bien caché dans la poche du gilet, dans le portefeuille. Et pourtant on le voit. La qualité de la cravate, la finesse du parapluie, la forme du chapeau parlent de lui, disent qu’il est là avec sa grande puissance. Mais si ta main porte un gant troué, cache-la bien dans ta poche. Par le petit trou du gant s’enfuirait toute l’illusion de la richesse.