Et de quel doute amer doit être saisi celui qui fait les frais de tous les meubles, de toutes les robes, de l’électricité et de la salle de bain ? Quel plaisir peut-il éprouver, qui ne doive pas être gâté par le sentiment que toute joie est conventionnelle autour de lui, que celle qu’il aime lui fait poliment les honneurs de son bien, de même qu’un fermier présente au châtelain les vignes et les champs qu’il a cultivés et où il se plaisait, tant que le maître n’était pas là ?

Et comment ce riche, quand il il aura payé la note du tapissier et de la couturière, ne songera-t-il pas, en recevant le baiser de sa maîtresse, qu’elle paye aussi une note, et comment ne craindra-t-il pas que cette monnaie ne soit fausse, cette monnaie subtile qui n’est pas susceptible de vérification ?

CHOIX DU MILIEU

Il faut avec soin choisir le milieu où l’on veut chercher une maîtresse, il faut, avant de s’efforcer à plaire, se demander si l’on a quelques chances de réussir.

Il y a une foule de gens désagréables, antipathiques, qui nous donnent, quand nous les rencontrons sans les connaître encore, d’indubitables marques de dédain et qui deviennent charmants, amicaux, dès que nous entrons en relations avec eux et que nous pénétrons dans leur intimité. De même pour les femmes, nous sommes impressionnés par toute une catégorie d’orgueilleuses qui passent sans voir dans la rue, qui font à peine, quand on leur est présenté, une légère inclinaison de tête et qui ne tendent pas la main, même à des gens qu’elles connaissent beaucoup.

Ces orgueilleuses ne sont la plupart du temps que des timides. Elles aspirent ardemment à se débarrasser de ce lourd fardeau qu’est la gêne que des personnes inconnues leur inspirent. Comme d’une armure, elles se sont revêtues d’une fierté apparente. Elles ne peuvent pas relever la tête, à cause de leur casque de mépris ; comme des coups d’épée elles lancent des regards superbes. Mais elles voudraient bien déposer les armes, ne plus combattre, faire la paix. Il suffit quelquefois pour les y inciter d’une parole familière. Et quand ces terribles guerriers ont ôté leur vêtement artificiel, ils deviennent les plus dociles des esclaves.

Il faut se méfier des femmes qui ont un caractère enfantin, qui sont puériles, affectent de ne rien savoir, rient de tout et ont conservé comme un souvenir, mais pour s’en amuser de temps en temps encore, disent-elles, les poupées de leur enfance.

Les juives sont les maîtresses des seuls juifs. Un chrétien n’en peut attendre que désagréments et hostilités.

Les femmes de café-concert sont les maîtresses de chanteurs comiques. Les ouvrières ont les employés de magasin et les femmes qu’on trouve à minuit dans les cafés de Montmartre ou du quartier latin ont des hommes qui sont à la même heure dans des bars avoisinants.

Une Anglaise élevée en Angleterre ne peut pas aimer un jeune homme qui arrive de province et qui a été élevé en province. Mais il n’en est pas de même pour une Russe, surtout si elle est, ou dit être, nihiliste.