[1] L’oiseau Simourgh était chez les soufis de la Perse et de l’Inde le symbole de la pensée divine.
L’oiseau Simourgh qui habite au sommet du mont Kaf en Perse ne passe qu’une seule fois dans la vie sur la demeure de l’homme. Heureux celui qui, à cette minute, a le visage tourné vers le ciel !
N’est-ce pas son plumage d’or, ô ma bien-aimée, qui vient de frôler le palmier ? Il ne faut pas fermer la fenêtre car on ne peut voir le ciel à travers les carreaux de nacre.
Une seule fois et puis c’est fini. L’oiseau miraculeux ne revient jamais. Sera-ce par une nuit criblée d’étoiles ou dans l’éclat du soleil levant ? Dois-je placer un vase de lait au sommet de l’eucalyptus pour qu’il y vienne se désaltérer.
Lorsque je m’assieds le soir sur la terrasse à côté de toi, je m’incline toujours vers ton visage et il est impossible de détacher mes yeux des tiens. Je suis bien sûr que l’oiseau Simourgh choisira ce moment pour passer à travers mon ciel. J’entendrai le bruit de ses ailes. Lèverai-je la tête ?
LE GÉNÉREUX ENLUMINEUR DE LIVRES
Votre père Bétab l’enlumineur de livres, m’a dit en m’accueillant : « Tout ce qui est dans ma maison entre ces quatre piliers de bambou noir, sous le manteau du toit blanchi de chaux, ô mon hôte, vous appartient.
« Voici le vin qui contient la pensée de dieu et le gâteau de farine où il y a la substance intime de la terre matérielle. Voici les coussins, voici les bijoux réunis par l’amour que les hommes ont pour les pierres précieuses. O mon hôte, tout est à vous. »
Et un peu plus tard il m’a dit, quand j’ai voulu jouer de la cithare pour lui plaire, et charmer la fin de la soirée : « C’est bien dommage que mes filles ne puissent venir s’asseoir à côté de vous sur le tapis afin de voir l’hôte jouant de la cithare.
« Elles vous écouteront, au haut de l’escalier, derrière cette gaze d’or. Ne vous offensez pas si elles chuchotent et si vous entendez les froissements de leurs babouches d’argent tissé quand elles s’éloigneront. »